Strada dell'Assietta : 50 km à + 2000 !

Porte d'entrée de la Strada dell'Assietta

Il y a déjà plusieurs années que nous avions repéré sur la carte Michelin cette longue route striée rouge et blanc ("parcours difficile et dangereux") qui part de Sestrière jusqu'à Finestrelle en Italie. Quelques repérages préalables nous avaient confirmé qu'elle n'est praticable qu'en VTT.

En rouge, notre itinéraire

Nous avons donc décidé d'y poser nos roues cet été 2009, et c'est à ce jour le plus beau parcours jamais effectué en haute montagne !
C'est une ancienne route militaire qui relie les fortifications du massif de l'Assietta, à l'ouest du col de Finestre. En prolongement de cette route qui fait environ 35 km, nous avons suivi le sentier des fortifications, soit en tout 50 km de piste, large et bien entretenue.

Première partie, Strada dell'Assietta, de Sestrière au Col de l'Assietta

Deuxième partie, route des fortifications, du Col de l'Assietta au Col de Finestre

L'altitude de départ est à 2085 (Sestrière) et le plus haut point atteint se situe vers 2750 m. En tout, ce sont 12 cols qui sont franchis, avec pour chacun, un panneau en bois et une photo ! De quoi alimenter notre tableau de chasse aux cols (voir Moisson de 2000).
Col de Sestrière : 2035
Col Basset : 2424
Col Bourget : 2299
Col Cotte Plane : 2313
Col Monte Genevris : 2536
Col Blegier : 2381
Col Lauson : 2437
Col dell'Assietta : 2472
Col Gran Serin : 2586
Col Della Vallette ?
Col Della Vecchia : 2743
Col de la Finestre : 2176

Départ tôt le matin, nous emmenons non seulement nos deux grands bidons pleins mais aussi une grande bouteille d'eau : il ne faut compter sur aucun village, ni fontaine, ni personne d'ailleurs sauf quelques cyclistes sur la fin du parcours et un groupe de six nonnes toutes en blanc.... Des barrières sont franchies, empêchant le passage de véhicules 4x4 ou quads. Les cols se succèdent, seules 2 ou 3 montées sont raides, le reste est, disons, "roulant"...

C'est Miniman !

Nous apercevons au loin la forme du col de Finestre et notre itinéraire nous fait passer tantôt à droite, tantôt à gauche de cette longue crête, et à chaque passage : un col. Sur notre gauche, la route forme la frontière du parc naturel de Gran Bosco.

Alors que nous n'avions aucune idée au départ de ce que serait notre rythme de progression, nous arrivons finalement assez tôt au Col dell'Assietta, terminus de la Strada dell'Assietta.

Tout un programme !

C'est le site du départ de nombreux sentiers et il est possible d'y monter directement en VTT depuis la route nationale. C'est pourquoi ils sont assez nombreux à venir à notre rencontre.
Cet itinéraire est si fantastique que nous souhaiterions le poursuivre et deux VTTistes nous confirment qu'il est possible de continuer par le nord au lieu de redescendre, c'est à dire d'aller au col de Finestre par le haut et non par le bas. Nous n'hésitons pas une seconde et c'est reparti !
Cette partie de notre itinéraire, moins roulant car plus pentu, est toujours constitué de routes militaires et pour cause, c'est celui des Fortificazioni dell'Assietta !

Plusieurs ruines de forts, construits par la Triple Alliance entre 1890 et 1897 à plus de 2500 mètres d'altitude, ponctuent notre progression.

Avec l'altitude, les nuages remontent depuis la plaine en volutes brumeuses et c'est dans le brouillard que nous atteignons le sommet, l'altimètre indique 2743 au Colle Della Vecchia et cette dernière montée est exigeante. Nous sommes absolument seuls et silencieux, respectueux, impressionnés par cet extraordinaire parcours fait de routes taillées dans la roche dont on n'imagine même pas la somme de travail qu'elles ont nécessité, constituant un véritable patrimoine militaire que les Italiens ont su entretenir et mettre en valeur.

Nous surplombons maintenant le Col de la Finestre et son grand cirque herbeux en contrebas, théâtre d'un immense pélerinage le 15 août de chaque année (montée et descente du col interdites).


Descente à fond de train, d'abord sur la piste roulante puis sur la route qui rejoint Balboutet et la vallée de Sestrière. Retour dans la chaleur, nos énormes pneus accrochent la route inutilement dans les lacets pour rejoindre notre véhicule.

Le parcours aura finalement été bouclé en 8 heures, arrêts (nombreux) compris. Dénivelé +2300 pour 70 km, c'est tout à faire accessible et pas technique du tout (100 % sur le vélo). Il va falloir aller très loin pour trouver plus beau !

VTT au sommet


Le VTT est un vélo lourd, pas vraiment beau et anti-aérodynamique. Quand on est habitué au vélo de route et aux pneus de section 23 , la transition est rude. De plus, la position sur le vélo et les suspensions ôtent toute envie de monter en danseuse.

En descente, les sensations sont meilleures à condition d'éviter les terrains trop techniques parce que c'est vite la catastrophe pour les néophytes ! Le freinage à disque est excellent et tellement sécurisant par rapport à notre système patin-étriers. A quand des vélos de route équipés de freins à disque ?

Mark et moi sommes équipés de VTT cross-country depuis 2007 . Depuis lors, j'ai peu roulé en VTT : il faut dire que je suis particulièrement peu douée en descente et j'étais restée sur des impressions mitigées, suite à des chutes et à des balades qui se terminent en galère quand on crève 3 fois en une sortie et qu'on fait 50 % du parcours en poussant le vélo...

Mais cette fois-ci notre séjour en Ubaye et dans les Alpes italiennes a été magnifié par le VTT ! Tant de nouveaux espaces accessibles et de cols à découvrir !

Au col de Pouriac

Ce qui fait tout l'intérêt des massifs alpins pour le VTT c'est l'existence d'anciennes routes militaires. Il s'agit de pistes caillouteuses ou dammées qui peuvent faire 2 m de large. Par leur position stratégique d'un point de vue militaire, l'Ubaye et le Piémont alpin en sont largement dotés. Le parcours de la Transubayenne (170 km de VTT du Lauzet jusqu'à Larche) est presque entièrement réalisé sur piste militaire et emprunte de nombreux tunnels désaffectés. Les forts de Tournoux ou de Finestrelle sont posés comme des sentinelles en surplomb de la route.
Pour citer le plus célèbre d'entre eux, il faut nommer le fameux col du Parpaillon à 2650 m que nous avons gravi en 2007.


La première quinzaine d'août 2009 a donc été consacrée à la chasse aux cols en VTT :

- Col de Bassa di Colombart (2461 m) et Col de Pouriac, 2506 m : après le col de Larche, au village de Bersezio (Italie), il faut prendre la petite route à droite. L'ascension se fait en 15 km. C'est d'abord une route d'abord goudronnée qui serpente dans la forêt et dessert un village puis une piste militaire sur encore 6 km. Les derniers km se font dans les alpages sur un sentier assez large.

Le col de Bassa di Colombart est en vue

Le premier col est accessible entièrement sur le vélo, le second nécessite un passage avec portage à flanc de pierrier. Quand on arrive au col de Pouriac, on est à la frontière franco-italienne et à quelques kilomètres du col des Fourches, très proche du camp des Fourches : ce sont les baraques militaires à 6 km du sommet de la Bonette versant sud. Mais le col des Fourches n'est pas accessible en VTT, c'est un sentier muletier.

Paysage en haut du col de Pouriac

Pour une réconciliation avec mon VTT, ce fut un circuit particulièrement réussi : ni chute, ni crevaison, et presqu'à 100 % sur le vélo.

- Col de Mérindol (2433) : le boucher de Jausiers est fan de vélo... Dès qu'il voit un client entrer en tenue, il ne manque pas de le brancher. Il nous a conseillés un col en VTT que nous avons malheureusement fait presqu'entièrement à pied à la montée ... et à la descente ! Mais l'accès à ce col et sa situation dans le massif valent le détour et les efforts. Pour accéder au col de Mérindol, il faut partir de Saint-Paul sur Ubaye et remonter la vallée de l'Ubaye jusqu'à Fouillouse. C'est-à-dire qu'il faut prendre le pont du Châtelet : c'est l'un des plus beaux paysages montagneux des Alpes !

Hauteur de la falaise : 108 m, longueur du pont : 27 m, date : 1882

Quelle ambiance le long de la montée jusqu'à Fouillouse et quels villages on traverse ! C'est de l'AU-THEN-TIQUE ! A Fouillouse plusieurs possibilités, c'est la Mecque des randonneurs. Notre sentier monte dans la forêt, c'est encore à peu près pratiquable, mais les derniers kilomètres se font en poussant (ou portant) le vélo tellement c'est raide. Au sommet, récompense : on voit à la fois de col de Vars et le col de Larche !

Au col de Mérindol

Pour la descente, nous avons malheureusement pris la mauvaise option : nous aurions eu une meilleure descente par le même côté, mais comme toujours attirés par l'inconnu, nous sommes descendus sur Saint-Ours : entièrement à pied ...

Du col de Mérindol, on voit la vallée et le col de Larche

- Col du Longet (2646) : nous partons de Saint-Paul sur Ubaye mais restons sur la vallée de l'Ubaye, pour monter jusqu'à sa source à 2646 mètres. La route est revêtue sur 14 km et de nombreux hameaux ponctuent la montée jusqu'à 2000 mètres. Après Maljasset, point de départ des randonneurs, plusieurs sentiers se présentent, le nôtre longe la rivière, traverse des pierriers et se prête assez bien à nos roues pendant un long moment. Quelques moments d'errance à cause d'un panneau manquant, et nous voici à pousser nos vélos le long d'un à-pic impressionnant. Il y a la place soit pour un pied, soit pour la roue, mais par pour les deux... le vélo est donc le plus souvent suspendu, tiré, poussé, hissé, porté... on se demande si on va y arriver. Les quelques randonneurs croisés s'interrogent, il y a peu de VTT par ici... Première velleité d'abandon : le sentier est si difficile que nous décidons de rebrousser chemin après avoir mangé. Il s'agit donc de trouver un endroit où s'asseoir pour sortir nos sandwiches et après quelques mètres et un nouveau virage, la vallée s'élargit et le paysage semble un peu plus hospitalier... Nouvelle traversée de la rivière sur un pont branlant, et c'est reparti tant bien que mal ! Deuxième tentation d'abandon quelques km plus loin. Il faut vraiment user de toute notre force de conviction à l'un et à l'autre. Nous doutons alternativement.

Scène reconstituée d'après l'original : j'ai vraiment perdu mon vélo dans la pente...

Mais il y a un moment où le point de non retour est franchi : on ne peut pas se donner tout ce mal pour faire demi-tour ! WE CAN DO IT ! Et ça repart... Sur une plaine herbeuse repose l'épave d'un petit avion, disloqué (un accident datant d'une trentaine d'année apprendra-t-on plus tard).

Le temps se couvre et devient menaçant, nous longeons quelques petits lacs, tantôt à pied, tantôt en roulant.

Et le col se laisse deviner petit à petit, paysage brumeux hérissé de longues pierres hissées tels des cairns pour marquer le passage.


Derrière, c'est le col Agnel que nous ne verrons malheureusement pas. En récompense une descente à fond de train, nous sommes motivés par l'averse de grêle qui vient de tomber subitement, heureusement assez courte. Mark est beaucoup plus rapide que moi, mais j'essaie de ne jamais trop me laisser distancer, je m'encourage, je m'invective et... ça passe !
Quelques chiffres pour ce col :
nous avons monté la partie non revêtue environ 50 % à vélo
nous avons descendu la partie non revêtue environ 80 % à vélo
durée totale de l'aller-retour : 7 heures dont 5 pour la montée
dénivelé positif :1700 mètres

Notre dernière journée à VTT dans les Alpes du Sud sera consacrée à la Strada dell'Assietta : 50 km au dessus de 2300 mètres, une dizaine de cols... article à suivre !