Ya pas que le vélo dans la vie !

Autoportrait - Grande Bretagne - 1984

Entre 1982 et 2004, j'étais pilote de Deltaplane : cette passion m'a amené à voler dans l'équipe nationale britannique et dans des endroits magnifiques en Europe, en Australie, au Canada, aux Etats-Unis. A partir des années 1990, j'ai quitté le monde contraignant de la compétition pour me consacrer plus aux vols de distance libre et en circuit.
C'était ma façon de rester libre et de voler où et quand je voulais, tout en donnant le meilleur de moi-même pour faire des performances :
- en 1985, j'ai été l'un des trois pilotes a réussir à rejoindre l'Ile de Wight depuis Bristol avec un vol de 80 km, dont 4 km au dessus de la mer ;
- en 1985, j'ai remporté au classement individuel et en équipe la Coupe Blériot qui célèbre la première traversée de la Manche par Louis Blériot, compétition par équipe entre la Grande-Bretagne et la France ;
- en 1988, je fus l'un des 9 pilotes britanniques à effectuer à Fiech en Suisse la sélection pour les Championnats du Monde de 1989, sans succès à cause des conditions beaucoup trop turbulentes pour moi !!! Il y eut d'ailleurs beaucoup d'accidents dans ces championnats, j'étais content d'y avoir échappé finalement ;
- j'ai fini deux fois 2ème dans le championnat britannique de cross-country en 1987 et 1991 ;
- je suis l'un des deux pilotes à avoir jamais réussi, en décollant du Lot, à atteindre la mer (215 km) ;
- je détiens toujours le record britannique de triangle circuit fermé, effectué en Espagne en 2004, de 236 km.

A pleine vitesse (70 km/h environ), dans les Yorkshire Dales, Grande Bretagne - 1984


7 janvier 1990, Stanwel Park, Australie : la brise océanique permet de faire des allers retours de 70 km sur la côte .
Dans ces vagues, il est possible de voir des dauphins qui surfent !

En vol remorqué derrière un bateau à moteur, Baie de Newcastle , Australie - 1990

Autoportrait en vol cross country, New South Wales, Australie - 1990
Dans cette région, il est possible d'atteindre 4000 m d'altitude dans les courants ascendants
.

Je monte en thermique contre les falaises qui bordent le Lac du Serre-Ponçon, décollage de Saint-Vincent les Forts (04) - 1996



Voici un décollage parfaitement réussi : je pars pour un vol de cross country à Piedrahita - Espagne - 1997


Une de mes ailes préférées : la britannique AirWave qui ne fabrique plus de Deltaplanes aujourd'hui, mais seulement des Parapentes, le sport qui a maintenant pris le dessus : il y a 15 fois plus de parapentistes que de deltistes en Europe en 2009 - Au dessus de Saint-Antonin, Tarn - 1998


Vol de plaine en été en Espagne, après en décollage en remorqué derrière un ULM - 2004 . J'ai participé en Espagne en juillet, pendant six années consécutives, à des sessions de vol intensives avec une équipe de très haut niveau dans des conditions presque toujours excellentes. C'est lors de l'une de ces sessions de vol que les records européens de distance libre (547 km !) et circuit fermé (350 km environ) furent réalisés par les Français Gil et Jean Souviron. Les Deltaplanes conçus aujourd'hui dépassent en performance les planeurs des années 1940.



Via Ferrata : une autre façon d'aimer les montagnes

Dans la catégorie "nouvelles expériences", en voici une qui m'a apporté une vraie révélation. Depuis des années, Mark et moi passons souvent en vélo près de la grande passerelle de la Via Ferrata de la Motte du Caire et, à chaque fois, je l'ai regardée avec curiosité ...

D'habitude on est en vélo tout en bas...
On a pris le temps avant de franchir le pas, sans doute était-ce nécessaire pour avoir plus de confiance en moi. Parce qu'il est évident que pour quelqu'un qui a peur du vide, pour qui l'idée de sauter avec un parapente, un élastique ou un deltaplane équivaut au suicide, qui ne pouvait monter une échelle d'échafaudage sans avoir les jambes qui tremblent... j'avais beaucoup de chemin à faire avant de me lancer. Quant à Mark, il est habitué à se mouvoir dans l'espace : une enfance d'escalade, vingt ans de deltaplane, toute une vie professionnelle sur les échafaudages, il est à l'aise dans le vide comme un singe entre deux lianes...
La première étape avant de se décider, c'est le déclic personnel. On ne sait pas bien pourquoi ça vient, mais un jour j'en ai eu envie.
La seconde, c'est d'être bien accompagné. Outre Mark, impressionnant de calme, qui m'encourage avec mesure, j'ai eu aussi la chance que Sébastien Arnoux, moniteur d'escalade et directeur adjoint de l'Office de tourisme de Digne, organise pour deux amies et nous une sortie "initiatique" à la Via Ferrata du Rocher de Neuf Heures à Digne. C'est bien de commencer avec un professionnel : c'est l'occasion de comprendre que les Via Ferrata sont faites et étudiées pour que le grand public puisse évoluer en toute sécurité, à partir du moment où chacun respecte les consignes de sécurité et est équipé du matériel approprié. C'est la démocratisation de l'escalade.
La troisième étape vers la confiance, c'est, comme pour toute activité, faire et refaire et refaire encore... Dans les Alpes du Sud, il y en a près d'une vingtaine, sans parler des rochers écoles d'escalade, dont celui de Sisteron à 10 km de chez nous, beau terrain d'entraînement en perspective.

La Via Ferrata du Rocher de Neuf Heures, Digne-les-Bains
On est partis sans appareils photos pour immortaliser ce mémorable après-midi, c'est bien dommage. Cette nouvelle Via Ferrata est un magnifique parcours où l'on évolue à la verticale sur les hauteurs de la ville. Le nez collé à la paroi (plutôt le bassin collé à la paroi, très important pour l'équilibre), nous sommes 5 encordés et il n'est pas question de faire l'empotée devant Anne et Viviane : les premières sensations sont grisantes alors qu'on est confortablement agrippé aux barreaux d'échelles à 50 m du sol, dans le vent.
Vue sur la Via Ferrata de Digne (photo Jean Huet)
Mais il ne faut pas croire que c'est facile comme monter une échelle ... les traversées horizontales sont les plus éprouvantes, il faut croiser les pieds sur des petites prises, sans cesse lâcher une main pour faire passer les mousquetons à la queue de cochon suivante (il y sûrement un autre nom pour ça ?), passer quelques devers, être capable de se hisser avec les bras, marcher sur une poutre et franchir un pont népalais d'environ 10 mètres de long où l'on marche sur un câble qui bouge... Peu importe la hauteur du vide, cela pourrait être 10 m ou 100 m que le résultat serait le même...
Le Pont Népalais de la via de Digne
Notre guide Sébastien est un habitué de la pédagogie : un oeil partout et les bons conseils au bon moment ! Où mettre son pied, respecter l'ordre des mouvements, s'asseoir sur son harnais pour tester sa résistance, regarder le vide pour s'y habituer, délaisser les poignées quand c'est possible pour se tenir au rocher et la règle d'or : toujours trois points fixes, c'est-à-dire ne jamais lâcher les deux mains en même temps.
Le parcours est bouclé en un peu plus de 3 heures, approche et retour compris, plein les yeux, plein les pattes ! Quelle belle expérience !

La Via Ferrata de la Grande Fistoire à la Motte-du-Caire
Le surlendemain, nous voici équipés au pied des échelles de la Grande Fistoire. Nous sommes tous les deux et Mark veille sur chacun de mes gestes. Ce parcours est plus difficile et j'espère un jour être assez forte mentalement pour faire le parcours complet.
Alors que la première partie ménage les organismes et les sensations, on arrive très facilement à un sommet de toute beauté. Ici la roche calcaire est patinée par les visiteurs et les poignées minérales sont nombreuses. Quel plaisir de se "vacher" (c'est à dire installer son mousqueton de sécurité et s'asseoir dans son harnais) et de regarder autour, dessus, dessous, c'est magique d'être ainsi accroché au rocher sans ressentir aucune peur !
Mais je me réjouis un peu vite car les difficultés sont devant nous : on est souvent un surplomb sur des falaises vertigineuses, et deux ou trois épreuves d'une autre nature restent à franchir.
Au premier sommet
La progression est régulière dans les circonvolutions du rocher et on voit au loin la passerelle de 60 m, la fameuse qui nous nargue quand on passe sur la route départementale en contrebas... Franchir cette passerelle, encordée à Mark, n'a pas posé de véritable problème même s'il me fut impossible de regarder en bas, ni de bouger plus que le nécessaire changement de mousquetons tous les 5 mètres, c'est à peine si j'ai osé respirer...
Sans les mains, c'est pas bien
Le passage entre la passerelle et le pont népalais est techniquement difficile, d'autant plus qu'on vient de lire un avertissement "Concentration et mental fort sont nécessaires pour franchir l'obstacle suivant". Je suis toujours confiante et nous progressons concentrés sur chaque mouvement, ça ne rigole plus...
La passerelle
Le pont népalais, c'est un câble pour les pieds sur lequel on progresse comme un funambule et deux câbles pour les mains. La longe et les mousquetons sont accrochés au dessus de la tête, sur le quatrième câble. Et le tout mesure ... 30 mètres, avec un vide d'autant... C'est parti : Mark passe en premier, sans moi car, inévitablement, ça bouge. Voilà, c'est mon tour, je m'engage bravement, respiration bloquée, regard fixe devant moi, je n'aime pas le contact du câble avec la semelle de mes baskets de trail, ça glisse, ça bouge, et le but est très loin... Alors que j'ai progressé sur environ 3 mètres, je me fige, mon sang reflue, je tremble, une image se forme : je me vois au milieu, coincée, incapable d'avancer ni de reculer et Mark qui m'attend au bout, et alors qu'est-ce qui se passe à ce moment là ? La grosse galère je crois...
La décision de reculer se fait en un quart de seconde, je retourne au point de départ, en arrière. Mark revient jusqu'à moi, et on recommence, cette fois-ci, je suis derrière lui. Même scénario, c'est encore pire parce qu'à deux, le câble bouge beaucoup. Je recule, je ne peux pas le faire. M...! Quelle déception ! Je m'en veux mais il n'y a rien de plus à faire aujourd'hui que reculer. C'est dommage parce qu'après le pont népalais il y a la grande muraille, environ 30 mètres à monter à la verticale, et ça a l'air super...
Même pas peur !
Le retour jusqu'à la passerelle n'est pas plus facile dans ce sens-là, il faut parfois prendre des prises à l'aveugle parce qu'on ne voit pas ses pieds et mains derrière les arêtes. J'ai récupéré de ma frayeur, mais encore un peu fébrile. En tout cas, c'est la première fois que je sens que c'est du sérieux et qu'il ne faut pas déconner à ce stade... Je prends sur moi et je ne parle plus. Revenus à la passerelle, il y a une échappatoire qui est tout sauf facile : il faut passer en surplomb et avoir beaucoup de force dans les bras quand on se lâche pour placer les mousquetons. Après déjà 3 heures de progression, l'effort se fait sentir.
Bon ça y est, voilà le sommet ! On y est, il fait presque nuit il ne faut pas traîner pour le retour. Pour les plus courageux, la descente se fait sur trois tyroliennes successives : je ne suis pas prête pour ça et de toutes façons, on n'a pas les poulies nécessaires. Mark ira tout seul la prochaine fois.
La descente sur le sentier prend une bonne demi-heure, nous arrivons à la nuit, le guide du bureau de location nous avoue nous avoir suivi à la jumelle, il veille !

Je ne vais pas rester sur un échec, il me faut maintenant comprendre et apprendre à surmonter cette appréhension, suite dans l'un des prochains épisodes... passera ? passera pas ?