Ventoux MasterSeries 2009


Samedi 11 juillet, 8h00. L'objectif est d'effectuer le plus de montées possibles du Mont Ventoux en 24 heures. Le Mont Ventoux peut se monter sur 3 routes goudronnées différentes, la montée par Bédoin est réputée la plus difficile : départ du magasin de cycles "les Routes du Ventoux" à 300 m d'altitude, dénivelé positif : 1609 m dont 5 km assez roulants, 10 km à 10 % dans la forêt, 5 km à 7 % dans un paysage lunaire à partir de Chalet Reynard et 1,5 km à 10 % pour le final, longueur totale 21,2 km.

Pourquoi me lancer dans une telle épreuve ? Disons que j'aime les défis individuels sur des longues distances que je pratique depuis 4 ans, mais aussi je me sens particulièrement dans mon élément en montagne et j'adore grimper. L'idée du VMS 2009 m'est également venue en constatant que le record britannique est de 8 montées par les 3 côtés, ma motivation était d'égaler ou de dépasser ce record.
Cette épreuve s'est parfaitement placée dans mon programme de l'année avec 9000 km cumulés depuis janvier et de bonnes performances dans le RPE (Raid Provence Extrême) et DFU (Défi des Fondus de l'Ubaye).

Alors que je m'y préparais depuis des semaines, les derniers jours avant le départ ont été assez catastrophiques et j'ai bien failli ne pas prendre le départ... Tout d'abord à cause d'une vilaine bactérie qui est venue me tordre les boyaux pendant 4 jours, ensuite un mistral d'enfer qui s'est mis à souffler mercredi et qui a soufflé en rafales tempétueuses jusqu'à samedi à 2h du matin (pour ceux qui l'ont déjà monté, pas besoin de dire à quel point cela peut être pénalisant, voire dangereux). Dernière mauvaise nouvelle de la semaine, qui finalement s'est avérée bonne : seule la montée par Bédoin sera autorisée pour cette année... en cause le nouvel équipement de chronométrage fixe Timtoo installé à Bédoin (face au magasin) et au sommet (à l'angle du premier bâtiment côté Malaucène). Outre que mettre tous les concurrents sur le même parcours a ajouté beaucoup de cohésion à l'épreuve car on se croise toute la journée, comme dans le DFU, ce choix a corsé la difficulté. Pas d'échappatoire possible en montant par Sault (alt. 728 m).

Mais samedi matin, les problèmes semblent s'être envolés : je ne suis plus malade et ne me sens pas affaibli par 4 jours désagréables, le vent est complètement tombé. De plus, je vais pouvoir m'appuyer sur l'assistance d'Anne qui me véhiculera dans toutes les descentes, et me trouvera à des points de rencontre que nous nous sommes fixés : à mi parcours et à Chalet Reynard. Pour ma performance, j'utiliserai 2 vélos : le mien, Look, équipé d'un compact et d'un 34x 27, et celui d'Anne, Scott, triple en 30 x 27.

1 - départ 8h03, montée en 1h54. Bonne ambiance au départ, les cyclistes dont 3 femmes se placent selon leur niveau et leur "plan de route" : j'ai décidé de tout gérer au cardio et je roule sans compteur de vitesse, je suis donc derrière de nombreux cyclistes dès la première montée. Anne, sans doute stressée par son nouveau job d'assistante, commence par se tromper de route et se retrouve à... Flassan (à 5km à l'opposé du Ventoux) : heureusement que je ne compte pas sur elle pour trouver mon chemin. Mais si je me perds, je pourrai toujours demander ma route à André qui lui roule avec un GPS. Rien à signaler dans la première montée, mais j'apprécie déjà le confort de la première descente en voiture : bien calé dans mon siège les jambes en l'air, au menu : pâtes, sandwiches, eau gazeuse.
2 - départ 10h25, montée en 1h51. Ca commence à chauffer, et je double quelques concurrents qui sont montés un peu vite dans la 1ère. A la descente (et à chaque descente par la suite), arrêt à la fontaine de Saint Estève pour raffraichissement et ravitaillement (j'ai bu en tout 15 bidons de 80 cl, sans compter l'eau en voiture, donc disons en tout 12 litres...)



3 - départ 12h45, montée en 2h03. C'est la galère pour moi, comme pour beaucoup d'autres... C'est la partie la plus chaude de l'après midi, j'ai commencé à m'alimenter un peu plus en solide dans la descente précédente et je ressens de fortes nausées, ainsi qu'une transpiration excessive. Je suis dans le dur.




4 - départ 15h20, montée en 2h09. Changement de maillot pour plus léger, arrosage par Anne tout les 5 km : ça va mieux ! Le dosage des bidons est allégé, je laisse la Badoit pour le Perrier.









5 - départ 17h57, montée en 2h00.
Le pire est évité de justesse : un groupe de motards descend et je les croise dans un virage 7 km avant Chalet Reynard, l'un d'entre eux perd le contrôle, et passe à ma droite pendant que moi je vais vers la gauche, c'est à dire vers les autres motos qui descendent... Le pilote termine sans mal dans le bas côté et alors que je l'engueule de toutes mes forces (et j'en ai encore beaucoup), il m'engueule aussi ce c. !! Pas de mots pour décrire la peur que j'ai ressentie en voyant 300 kg débouler sur moi à cette vitesse. Cette frayeur me booste et j'en profite pour dépasser Laurent Koskas qui était en tête. La fin de la montée se fait dans l'euphorie : I'm a bird.
6 - départ 20h30, montée en 2h17. Je change de vélo et prend le Scott. J'ai depuis un moment quelques bobos : cheville droite, genou droit... Je passe. Baisse notable de températures, paysages et coucher de soleils magnifiques, derniers cyclistes, dernières voitures : le Ventoux est à moi !




7 - départ 23h22, montée en 2h28. Je ressens beaucoup de fatigue, je zigzague un peu (la photographe aussi...). Je suis très à l'écoute dans cette forêt plongée dans le noir, beaucoup de bruits d'animaux, seule une biche aperçue dans le halo de ma lampe.





8 - départ 2h20, montée en 2h39. Mes petits calculs me disent que je peux en faire 9, je continue de progresser à mon rythme. A Chalet Reynard, je passe Anne à 4h00 et reprends la montée dans la nuit, et là, alors qu'elle est encore à portée de voix, j'entends ses cris : Mark la voiture est en panne ! Je reviens vers elle parce que je ne suis pas équipé pour la descente, il me faut prendre des affaires chaudes dans la voiture. Côté moteur, ça a l'air assez grave, plus rien ne marche. Anne est calme mais comme elle me le dira ensuite : en "profonde dépression" (bon, ya pas mort d'homme, mais elle envisage déjà la galère du lendemain : remorquage, garage, camping, fatigue, etc.). Je repars, mais j'ai un sale coup au moral... Et à 1 km du sommet, j'entends notre voiture derrière moi, elle est repartie !! Euphorie ! La descente se fait sur les chapeaux de roues, il ne faut plus traîner maintenant. Si je monte à la même vitesse que la 8ème, ça va être très juste.
9 - départ 5h19, montée en 2h15. Beaucoup de cyclistes partent vers 5h00, pour la dernière. Il y a du monde sur le Ventoux ! J'ai repris mon vélo, ça peut me faire gagner quelques minutes. Il fait jour, c'est magique. Anne reste derrière moi, en cas de pépin. Et alors qu'elle est à ma gauche et que nous parlons (c'est à dire qu'elle est au milieu de la route), la voiture cale à nouveau. Cette fois-ci c'est encore plus grave, plus de contact et frein à main automatique serré... Je continue la mort dans l'âme : nous ne serons pas ensemble au sommet, quelle déception pour elle et pour moi. Et la voiture est au milieu de la route au sortir d'un virage... Anne me racontera ensuite qu'il a fallu 15 mn pour que le contact revienne (la voiture avait chauffé) et qu'elle réussite à débloquer ce p. de frein à main automatique et à laisser couler en marche arrière vers un terre plein, à l'abri. Entre temps des cyclistes sont descendus, très dangereux. Mais toujours pas de moteur. Nouvelle "dépression" avec les mêmes perspectives... Et une demi-heure après, miracle, ça repart !!! Direction Bedoin camping direct, elle reviendra à l'arrivée en vélo. Quant à moi, je suis complètement submergé par l'émotion, c'est grandiose.

Dans la dernière !

Je rattrape Isabelle Esclangon dont nous avons suivi la progression toute la journée. Elle termine sa 8ème montée, record féminin qui sera difficile à battre ! Nous finissons ensemble en silence à 7h31.


Voilà, c'est fait : 14500 D+ en 19h36 et 191 km ! Je n'imaginais pas pouvoir faire 9 montées par Bédoin seulement, d'ailleurs mon plan de route n'avait que 8 lignes. Bien sûr, l'aide d'un véhicule dans ce genre d'épreuve est inestimable. Chapeau à André Pérez qui en a fait 8 sans assistance et aux autres que je ne connais pas. Toute la journée, nous avons croisé des centaines de cyclistes (et de photographes professionnels dont j'ai une collection de cartes) qui n'imaginaient peut être pas ce que nous étions en train de faire...

Commentaires

  1. Bravo Mark ... Donc si j'ai bien suivi, la prochaine fois tu fais la même chose sans la voiture ... qui ne risquera donc pas de tomber en panne !!! ce sera donc beaucoup plus cool pour Anne qui, de plus, pourra également se faire les crocs sur le fameux cailloux !!!
    Poucet, new lecteur

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