TransCanarias




Faire du vélo en hiver aux Canaries est fantastique : nous le savions depuis un premier voyage à Tenerife il y a trois ans. Le climat est agréable et l'hiver inexistant : nous sommes à 100 km à peine de l'extrême sud du Maroc. Les  excellentes routes (merci l'Union Européenne) sont pour la plupart dotées de piste cyclable et les conducteurs espagnols sont très prudents. Le seul problème, c'est que le relief très escarpé de certaines de ces îles volcaniques exige un niveau d'entraînement que peu de cyclistes souhaitent avoir en cette période de l'année. C'est également notre cas et nous avons choisi, pendant trois semaines, de traverser du nord au sud deux îles assez plates, Lanzarote et Fuerteventura, et de faire une courte incursion dans l'impossible Grande Canarie. Ce voyage ne fut pas une performance sportive, ce n'était pas le but. Nous rentrons avec 820 km (dont 1/4 sur piste) et 6 nouveaux cols.

Côté équipement, nos VTT montés de pneus de route se sont révélés très polyvalents et nous avons pu rouler sur le bitume aussi bien que sur les pistes. Des porte-bagages spéciaux (ils sont plus large à la base pour laisser la place au frein à disque du VTT) et deux sacoches chacun ont complété notre panoplie du parfait cyclotouriste.

Le cyclotourisme, parlons-en : j'ai beaucoup voyagé de cette façon et j'aime l'aventure qu'il permet . Partir le matin et ne pas savoir où on va dormir le soir, totale liberté. Pour Mark, ce n'était pas une première non plus et ce voyage lui a remémoré celui qu'il fit, adolescent, au Pays de Galles. Bien entendu, aux Canaries, il faut tenir du compte du fait qu'on se trouve dans un endroit très touristique : l'affluence demande un minimum de précautions pour trouver un logement non pas qu'il faille réserver à l'avance, mais toujours choisir de dormir dans les stations balnéaires  car les villages dans l'intérieur n'ont rien à offrir. Et là c'est relativement facile : appartements, bungalows ou hôtels, l'offre est pléthorique et les prix  nettement inférieurs à ceux de l'Espagne continentale, concurrence oblige.

Lanzarote
Nous y avons passé une semaine, ce fut finalement trop peu mais le temps était assez médiocre :  d'abord de fortes pluies, ensuite des vents terribles. C'est une île étonnante à tous points de vue, absolument différente à tout ce qu'on a pu voir ailleurs : le tiers de l'île a été ravagé par des volcans dont la principale éruption a duré ... six ans. L'île est entièrement constituée de volcans et une bonne partie est recouverte de lave, la végétation y est rare mais les plantations de cactus y furent nombreuses, il en reste encore beaucoup.  Contrairement à ce qu'on pourrait penser et lire ici ou là, le terrain est tout en relief.

Outre ses paysages étonnants de lave noire, l'énorme attrait de cette île, à mon sens, c'est son concept touristique qui en a fait un  décor  naturel d'art contemporain. Grâce à un artiste local éminent, César Manrique, les bâtiments touristiques sont de véritables trésors de design, les rond-point, entrées et centre de  stations balnéaires  présentent partout des sculptures étonnantes en parfaite harmonie avec le décor naturel  et la végétation endémique. L'architecture locale est préservée et aucune construction ne dépasse les 3 ou 4 étages.

Après le plaisir des yeux, celui du corps : cette île est le théâtre de l'un des Ironman (épreuve de triathlon) les plus extrêmes de la planète et on voit beaucoup de sportifs un peu partout car c'est le paradis  pour s'entraîner dans toutes les disciplines. En vélo, les longs rubans de macadam se faufilent à travers les volcans, la circulation est presque nulle, et pas de problème pour trouver du dénivelé même s'il n'y a pas de col répertorié. Courir le long de la plage est un must : la marée a une forte amplitude et le sable mouillé est un excellent support. Il y a aussi dans les stations un accès direct au bord de mer réservé aux piétons et cyclistes, la plus longue promenade aménagée mesure près de 50 km : un régal ! Nager dans la mer toute l'année est également possible mais une combinaison en hiver est nécessaire pour les plus frileux.

Le principal intérêt de l'île est le Parc Naturel de Timanfaya étendue volcanique absolument incroyable.  Le seul bémol est que l'intérieur du parc est parcouru par une route de 14 km qui n'est accessible ... qu'en bus !  Les piétons et même les vélos y sont interdits : zéro pointé pour le comité canarien du tourisme ! Nous sommes restés avec nos regrets sur le parking, mais il ne nous a vraiment pas été possible de monter dans un bus de tourisme, il y a quelques principes qu'il est difficile de transgresser...


Ambiance de fin du monde dans le parc des volcans


Des couleurs magiques...

 
Quelques plantations de cactus subsistent : on en extrait un colorant naturel rouge


Fuerteventura
C'est la plus étendue de toutes les îles, environ 200 km du nord au sud. Outre un réseau routier excellent, elle offre une myriade de pistes à parcourir en VTT. C'est aussi la moins peuplée, on est vraiment seul la plupart du temps, hormis dans les stations balnéaires où le meilleur côtoie le pire. Mais globalement l'architecture des stations est toujours agréable et les baies fantastiques : ce sont les plus belles plages d'Europe !

Fuerteventura comporte moins de volcans que sa voisine, mais les paysages de montagne y sont différents, plus colorés. De très beaux circuits sont possibles, dont l'un avec 3 cols, le plus élevé culminant à 600m.

  Seuls au monde dans les montagnes



Ce circuit nous fait contourner la Gran Montana à 708 m

Un vrai billard !


 Oasis au bord de la route




Dans les concrétions sableuses

Mais ce qui fait l'essence de Fuerteventura, ce sont ses paysages maritimes, ses plages blondes sur la côte est ( Playas de Sotaventos), ses dunes au nord (Parc naturel de Corralejo), ses falaises déchiquetées (El Cotillo), et... Cofete.
Pour atteindre Cofete, on ne peut pas se tromper c'est tout au bout d'une piste plus ou moins cahotante de 25 km avec un col à environ 400 m, à l'extrême sud de l'île. A Cofete (3 habitants), ça ne sent pas du tout la chèvre, il n'y a pas du tout de mouches et la musique est latino. Le propriétaire du café arbore un T-Shirt "Cofete Republica Independante". C'est, comme on dit, un spot qui se mérite.



Cofete au bout de cette piste



 Des centaines de kilomètres de plages bordent la côte orientale de Fuerteventura : ici celle de Cofete



Parking avec vue ( La Pared)


Des cairns de lave à El Cotillo

Grande Canarie
Las Palmas est la capitale des îles Canaries, c'est là que nous prenons l'avion pour repartir après être arrivés à Arrecife (Lanzarote). C'est donc un passage obligé pour nous, et nous redoutons cette dernière étape... En effet, tant les 300 000 habitants de la ville que le relief escarpé nous inquiètent. Nous retardons le départ pour Grande Canarie et n'y passons que 3 jours. Pas de photos, mais tout de même 2 cols dont le Cruz de Tejeda à 1510m.
C'est l'île impossible : impossible de rouler tranquillement sur ses routes surchargées, ni d'ailleurs de marcher au bord des routes sans risquer sa vie, encore moins de trouver un chemin sans voiture ; impossible aussi de ne pas se perdre, nous avons la carte à la main chaque minute ;  impossible enfin d'aller d'un point à un autre sans franchir des ravins à pic, remonter ce que l'on vient de descendre, tourner en rond et ... finalement nous mettons les vélos dans le taxi pour aller à l'aéroport !

Arrivés en France, c'est une autre histoire qui nous attend comme on en juge aux photos ci dessous... le vélo c'est pas pour demain !

Bienvenue dans les Hautes Alpes

Ribiers sous la neige

Commentaires

  1. "Partir le matin et ne pas savoir où on va dormir le soir, totale liberté"... ah, tu touches la corde sensible, ces moments sont parmi les meilleurs de la vie... Merci Anne et Mark, ce voyage est magnifique, très original, et les photos superbes... une provision de couleurs chaudes pour l'hiver!

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