Trail du Ventoux : pour le meilleur et pour le pire

Après la très bonne expérience de la SaintéLyon, j'ai choisi pour mon premier trail pleine nature celui du Ventoux  : 43 km, D+/- 4800, 21 mars 2010.

Attraction/Répulsion
J'éprouve pour le Ventoux une Attraction/Répulsion. D'abord, il prend toute sa place dans nos paysages familiers : même s'il n'est pas sous notre fenêtre, on l'aperçoit souvent du haut des cols de notre région, et les innombrables routes qui sillonnent son massif sont très accueillantes pour le cycliste : la vallée du Toulourenc, les gorges de la Nesque sont parmi nos parcours favoris. Le Ventoux a nourri mon année 2009 de souvenirs variés : d'abord une montée dans le Raid Provence Extrême, puis 9 montées en voiture quand j'ai escorté Mark sur le Ventoux Master Series, enfin une grimpée déplorable dans l'Etape du Tour. Bref, quelle que soit la façon dont je l'aborde, le Ventoux est toujours pour moi une épreuve.

Pour préparer l'IronMan de France (Nice, 27 juin 2010), j'ai besoin de faire de longues distances et avoir l'objectif de ce trail en début de saison m'a encouragée à courir tout l'hiver : j'ai beaucoup apprécié de sortir régulièrement pour courir entre des murs de neige dans des températures glaciales (pas de température positive à Ribiers pendant 6 semaines...).

Retour sur le fil des événements :
5h dimanche, départ de Ribiers dans la nuit, je rejoins Bedoin à 7h. Un peu de cafouillage concernant le lieu de remise des dossards, nous sommes plusieurs à aller du point de départ (domaine de Florans) au point d'arrivée (domaine de Belezy). Il fait gris et doux, pas de vent.
Organisation généreuse et accueil sympathique. Nous sommes 1200. Je croise Michel Roux : notre champion cycliste dignois s'est mis au trail depuis quelques mois, échange d'encouragements qui font chaud au coeur car Michel est vraiment un athlète hors normes, et en plus il est sympa !

Au micro avant le départ, on nous annonce que compte tenu du brouillard et de la neige abondante au sommet, le grand parcours sera différent : altitude maximum 1500 m.  Dans les différents discours qui s'enchaînent, je retiens deux mots "très technique". Ah bon ? Je vais m'en rappeler plus tard...
Départ groupé à 8h30 dans le sable des collines d'ocre, ça frotte, ça coince, ça s'arrête souvent pour cause d'embouteillage, tant mieux ça permet de souffler et moi je ne suis pas pressée. Les premières montées se présentent et voilà ce qui me rassure beaucoup : dans mon entourage, on monte sans courir. Ouf ! D'ailleurs, ceux qui en seraient capables se trouveraient coincés derrière les autres : c'est du single track.


Assez vite, nous nous trouvons dans les rochers à flanc de falaise. C'est très beau et c'est l'une des trop rares parties du trail à découvert. Le reste se fait dans la forêt. Dommage que le soleil soit absent... La grimpée se passe au mieux, très essoufflée au début, je prends le rythme et progresse comme tout le monde mais les mollets brûlent comme du feu. Quelques passages difficiles où les mains assurent les prises, mais ça passe bien. On rejoint la route de Malaucène, le Belvédère, et retour dans la forêt.  Les changements de terrain et de rythme sont constants, aucune monotonie. 

 Le pratique du trail est très ludique : l'esprit est sans cesse occupé par la recherche de l'appui suivant. L'oeil est mobile, la concentration intense. Même tourner la tête pour voir le paysage (quand on le voit !) fait perdre l'équilibre. Et le temps passe vite comme ça ! Bizarrement, je ressens très tôt la faim et grignote une grande partie de mes réserves, y compris mon camel back qui y passe rapidement.  Ce n'est pas dans mes habitudes... en général, je ne mange pas ou très peu.


Déjà 11h00, premier ravitaillement suivi de la bifurcation entre le 24 et le 43 km. Je tourne à gauche naturellement, mais l'heure limite est fixée à 11h15. Je n'ai pas beaucoup de marge avant le temps limite suivant d'autant plus que je ressens déjà une crampe latente dans les adducteurs. Je me gave de sucre et d'eau pour retarder les crampes.

A nouveau nous traversons la route (je reconnais la longue ligne droite qui monte côté Malaucène) et entrons dans la forêt. Cette fois-ci, voici la neige, tassée et croustillante, bien dure, on monte comme des marches d'escalier, c'est très facile.  Un peu de brouillard, mais loin de ce qu'on nous avait annoncé. L'affluence est plus éparse maintenant, je suis parfois seule, il faut être attentif au balisage. 12h30, altitude 1500 m : nous sommes sur une large piste, anciennement goudronnée, relativement plane. Il est possible de courir à nouveau mais la neige est épaisse et le tracé étroit. Concentration maximum pour mettre chaque pied dans la trace. 

13h45 : j'atteins  le 2ème ravitaillement au km 30, heure limite 14h30. Il reste 13 km. J'y passe un peu plus de temps et vide à nouveau mes chaussures pleines d'aiguilles de pin et de terre, je regrette mes guêtres. L'altitude maximum est atteinte, nous n'irons pas plus haut, mais cela ne veut pas dire qu'on va descendre... Sentiers toboggan, montagnes russes, changement de directions, et même une boucle de 7km  puisque l'on croise des coureurs qui sont devant. Bref , on voit que pour atteindre 43km malgré l'annulation du circuit du sommet, les organisateurs ont puisé dans leur imagination ! Je suis toujours inquiétée par mes crampes potentielles, je parviens à ne pas les déclencher pendant un bon moment.
Deux erreurs de parcours coup sur coup : la première alors que je cours sur une large piste, le nez au sol, je loupe un embranchement, heureusement pour moi, et malgré la musique sur les oreilles, j'entends siffler derrière moi : un coureur me fait de grands signes, il faut revenir. Merci !! Peu après, alors que je suis très attentive aux balises, subitement je n'en vois plus, et je ne vois pas de sentier non plus... : je suis dans  un bois les pieds dans un ruisseau ! Personne... un peu paniquée, je pense à sortir mon sifflet de mon sac, ou à appeler Mark au téléphone... Je commence à remonter, et heureusement deux coureurs arrivent. Nous prenons la décision de continuer par là quand même, et c'était finalement la bonne direction.

On pourrait penser que finalement tout va bien mais... je commence à comprendre ce que descente technique veut dire! Devant moi 4 km et 500 m de dénivelé négatif sur des rochers glissants, vertigineux, de hautes marches boueuses et moussues. C'est le genre de descente où j'aurais eu besoin d'une corde de rappel. La fatigue et les crampes me ralentissent mais il faut avancer... tant pis pour le chrono ! Je me retiens aux branches, parfois je pose mes mains, je n'ai pas peur du ridicule !

Coup de fil à Mark qui a rejoint Bédoin en vélo : "Encore 5 km j'arrive !" Je traverse un fond de gorge très sombre, humide et moussu le long d'une grotte : atmosphère très spéciale. Aussitôt après, voici à nouveau les sables d'ocre et... le camping, dernières chicanes avant l'arrivée, Mark immortalise ces derniers instants : ouf, c'est fini en 7h50!
Conclusion : je suis contente de l'avoir fait mais, comme on dit en langage diplomatique : j'ai une grande marge de progression LOL !!


Commentaires

  1. Felicitations Anne .

    Belle course et beau recit . Bien ta description vivante de la dernière descente , dans ces moments là on est loin des moyennes en vélo !
    Eric le Nantais

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  2. Well done, Anne. But did you get back and write this instantly? How on earth did you have the energy? You are so impressive.
    Also enjoyed your tale of the Canaries. Love to both. Jen

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  3. Hello Anne
    Bravo à la fois pour le trail et pour le reportage, tu me donnes envie d'aller chatouiller le Géant à pied, et pourtant la course, ce n'est pas mon truc!
    Je me demande si la route anciennement goudronnée n'est pas celle où l'on aboutit lorsqu'on monte par la route forestière du massif des cèdres, sur les Galériens. La photo me dit quelque chose. Cette route débouche ensuite dans le second lacet après le replat du Mt Serein. Sinon, ce qui m'impressionne aussi beaucoup, c'est le nombre de participants! Sur 1200, combien réussissent?
    Amitiés et à bientôt, récupère bien! Sophie

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  4. hello Anne,

    j'espère que les jbes vont un peu mieux :-) bravo, un 1er trail qui se finit bien et avec une bonne marge de progression : de quoi être motivée pour remettre ça ;-)

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  5. Hello,
    quelques minutes d'évasion au milieu de bouquins plus chiants les uns que les autres, pour te lire. C'est génial et ça donne réellement envie. Liberté au plus près de la nature, voilà ce que je ressens à travers ce récit. Merci.
    Hugues

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  6. Bravo Anne, belle exemple de pugnacité après ta sainté Lyon

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  7. Super Anne ... Trés sympa de te retrouver sur ce trés réputé Trail du Ventoux !!! Faudra que j'aille y promener mes runnings un de ces jours.
    Bonne continuation ... beau programme en perspective, l'Iromann de Nice ... Yeaaaahhh, ça c'est du lourd. J'aurai une grosse pensée pour toi le 27 Juin !!! Go Go Go
    Poucet

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