RPE 2010 : le gagnant, c'est le parcours

RPE 2010 : le gagnant c'est le parcours
C'est avec ces mots que Patrick François a conclu la cérémonie de remise des récompenses de son épreuve, la 7ème édition. Il a entièrement raison : le Raid Provence Extrême (585 km), c'est la quintessence de la Provence, un condensé de paysages grandioses, un parcours cycliste ponctué des plus grands sites de la région. Un circuit qui n'est pas fait d'allers-retours dans un massif aux seules fins de faire du dénivelé, c'est un vrai circuit touristique au sens noble du terme. 

Départ devant les Routes du Ventoux à Bédoin

Un parcours exceptionnel
Le départ est donné à Bédoin, direction le Mont Ventoux par Malaucène. Commencer un raid de 585 km par le Ventoux, c'est le placer en juge de paix car c'est là que tout se joue : il faut être fort et mesuré à la fois, ne pas se griller car la route est longue ! Après cette mise en jambes, cap sur le plateau d'Albion puis sur les collines de Banon. Passée la Durance à Manosque, on enjambe le plateau de Valensole avant de descendre dans la vallée du Verdon qui nous ouvre ses gorges que certains traverseront de nuit, ce qui est mon cas. Le Verdon est très spécial, surtout en fin de journée quand il n'y a personne sous une lumière d'orage. Le paysage est tellement ... dramatique (c'est l'expression utilisée en anglais, la mieux appropriée). On se sent vraiment tout petit et très fragile tout seul, là sur son vélo. Il faut du courage pour faire le tour des gorges du Verdon et la route des Crêtes de nuit, c'est le RPE qui me donne ce courage. Pour ma 4ème participation, j'ai ressenti la même force intérieure et la même capacité de dépassement de soi que les fois précédentes.

Mark, les poches pleines, aborde la route des Crêtes, il est 19h45

Après La Palud, le circuit revient à la civilisation. Moustiers, Gréoux, Vinon et on retraverse la Durance, pour attaquer le Luberon aux côtes interminables et aux  routes si mal revêtues.  Villages pittoresques dans le petit matin, splendides paysages, le Luberon est un bijou bien préservé dans son écrin vert. Encore une traversée de la Durance et on part vers les Alpilles cette fois, l'arrivée est en vue une fois franchis les Baux de Provence. 
Le mois de mai se prête particulièrement bien à cette course : outre le dénivelé important (+/- 9000m), les conditions climatiques ajoutent à chaque nouvelle édition leur lot d'épreuve.

Le lac de Sainte Croix

La course

Le Raid Provence Extrême est une course cycliste de la catégorie ultra distance : 585 km non stop avec véhicule d'assistance. Elle est ouverte à la catégorie des Grands Randonneurs qui font le même parcours en partant 1h30 plus tôt que les Ultras, mais qui n'ont pas de véhicule suiveur. Un service de bag drop est proposé (on fait déposer son sac à l'avance aux contrôles). Le RPE 2010 a été difficile et la moitié des concurrents (45 au départ) n'a pas pu atteindre Saint-Rémy de Provence. La première chaleur de l'année sur des organismes pas encore acclimatés et les routes du Verdon rendues glissantes par la pluie ont été les premières causes d'abandon.

L'équipe du RPE
Sans son équipe, le RPE ne serait pas ce qu'il est : un clan, une famille. La porte est ouverte à tous ceux qui tentent l'expérience, et l'équipe des contrôleurs est aux petits soins pour amener les concurrents vers la victoire. Victoire  toute relative, elle est d'abord personnelle, arriver au bout est l'objectif de la plupart d'entre nous. Faire mieux que l'an passé, ou faire aussi bien.
Avec les membres de l'équipe, on finit par se connaître un peu. J'ai beaucoup d'admiration pour la générosité de ces gens qui sont capables de passer 30 heures dans une voiture rien que pour aider les autres. Je renouvelle à Patrick, Alex, Roland, aux deux Alain, Laurent, Dominique, Laure et Gisèle tous mes remerciements pour leurs conseils, leur aide matérielle et leurs encouragements.


Notre course
En ce qui nous concerne, Mark et moi avons rempli notre contrat et atteint notre objectif qui était de faire mieux que l'an dernier : 
2009 : Mark 26h30, 1er - Anne 33h, 2ème derrière Laure
2010 : Mark 24h58, 1er ex aequo - Anne 30h28, 1ère (et seule dans sa catégorie :-(

Vendredi :
La réunion de briefing du vendredi soir est un moment important : on y revoit les amis et on retrouve certains visages connus, on y apprend aussi les dernières modifications sur le parcours compte tenu des travaux, des autorisations de passage et de la météo. Trois changements mineurs cette année, mais une interrogation de taille qui ne sera levée qu'au dernier moment : la route des Crêtes du Verdon a été jusqu'à très récemment en travaux, nous aurons l'information sur son accessibilité en milieu de journée samedi.

Samedi :
Samedi matin 7h, convoyage des Grands Randonneurs et de leur vélo à Bédoin, lieu du départ. L'attente est joyeuse, je suis très zen. Je suis la seule femme  (l'an dernier, nous étions 7 !), j'ai le double avantage d'être aux petits soins et de ne pas avoir à me soucier d'un quelconque rang de classement. J'ai installé sur mon vélo mon sac fixé le long du cadre. Mes lampes se trouvent dans les contrôles, inutile de se charger. Mark est également en version "léger", toutes ses affaires et ravitaillements sont répartis dans les sacs.



 Le départ est donné à 9h30 et nous roulons en groupe jusqu'à Malaucène par le col de la Madeleine. Il y a déjà beaucoup de cyclistes dans le Ventoux qui a ouvert il y a seulement une semaine. Petit air de fête. Descente rapide (88 km/h au maximum !) jusqu'à Chalet Reynard et horrible ensuite vers Sault tant la route est dégradée. Stop éclair au contrôle d'Aurel, puis un groupe composé de 3 Italiens, du docteur de Vita, Michel Morin et moi se forme jusqu'à Manosque. Groupe  dont j'essaye désespérément de m'éloigner : rouler dans la roue de Messieurs plus forts que moi ne m'avantage pas sur de telles distances, en croyant m'aider ils me font rouler trop vite, ce qui ne m'arrange pas pour la gestion de ma course, je ne veux pas commettre les erreurs des années passées. Mais il faut "attendrrrrre la Signora" me traduit le docteur de Vita. Je cale mes écouteurs dans les oreilles et ne répond qu'avec des sourires quand on me parle. A la longue, je suis décourageante et petit à petit, je me retrouve.... enfin seule.

Que du bonheur !

A Valensole (147 km), premier arrêt de 10mn pour un vrai ravitaillement et cap à l'est vers le Verdon dont les sommets sont déjà couverts de nuages noirs.

Le contrôle d'Aiguines est très important, c'est là qu'on commence à s'équiper pour la nuit...Et c'est là que commence le RPE : tous sont capables d'atteindre Aiguines, mais pas tous de faire le tour des gorges du Verdon.  Je suis accueillie à Aiguines à 17h30 par les commissaires de course Alex et Roland qui ont envie de se rendre utile. Il s'en suit une séance mémorable de massage de pieds et de jambes pendant qu'on remplit mes bidons et qu'on me lave les mains.  Le tout dans une franche rigolade qui fait du bien. 

Les garçons ont-ils droit au même traitement ?

Quitter Aiguines, c'est comme se présenter face au monstre : j'ai devant moi plus ou moins 25km de montée jusqu'à la bifurcation vers Trigance, puis la terrible route des Crêtes.  Je suis  seule, c'est fantastique. J'essuie une bonne averse, je vois des éclairs sur les Crêtes. Je remonte sur trois concurrents qui sont sur le point d'abandonner. A Pont de Soleils, on m'annonce que la route des Crêtes est ouverte : super, l'aventure continue ! Cela aurait été trop dommage de ne pas la faire. La nuit tombe.
C'est une foutue montée avec des 13 % mais elle est assez courte. En revanche la descente est redoutable, la prudence s'impose, je ne peux pas m'empêcher de penser au vide qui est derrière le parapet... Heureusement mon éclairage est le meilleur qui soit et j'y vois exactement comme en plein jour, je dévale.

Contrôle de La Palud (arrêt  15 mn) où il se trouve toujours des fêtards dans les cafés du coin, nous sommes applaudis au passage. La descente sur la Durance est rapide malgré quelques bosses. Bonne récupération le long du Canal de la Durance entre Vinon et le Pont Mirabeau et je commence déjà penser à la suite du parcours et notamment à l'entrée dans le Luberon par Beaumont de Pertuis, que je redoute beaucoup : ça monte longtemps et la route est affreusement pourrie par endroit. 

Dimanche :
Je monte à mon train, toujours un oeil sur le cardio, qui après 20 heures de course, est très raisonnable.  J'essaie de ne pas rester en groupe toujours pour les mêmes raisons et voici Céreste où j'arrive à 5h30 et  je repars rapidement après m'être allégée de mes lampes. La longue étape avant le prochain contrôle à 123 km se fera plus ou moins en compagnie d'Igor qui roule en Ultra avec Hugues à l'assistance. Nous nous dépassons au gré des arrêts de l'un et de l'autre, unis dans une complicité silencieuse. Je profite de leur véhicule pour me débarrasser du surplus de vêtements et pour remplir mes bidons. La suite du programme comprend la montée à Murs suivie par le col du même nom et l'ultime montée avant Gordes : c'est un épisode très usant, le soleil tarde à réchauffer l'atmosphère, je faiblis un peu, mais le moral reste bon. Bonnieux bientôt se dresse au loin, c'est un village en pente qui n'en finit jamais. Mais une fois que c'est passé, on peut dire adieu au Luberon et bonjour les Alpilles. Heureusement, re-Durance pour se refaire une santé entre les deux. Mais la chaleur devient lourde, j'ai les pieds qui brûlent comme au plus fort de l'été.

Une des modifications de parcours annoncée vendredi concerne la montée de La Roque d'Anthéron à Lambesc, la route est fermée pour travaux, nous prendrons donc la suivante. Sur la carte, ça a l'air très simple, et malgré l'appel de Mark ("tu prends là, tu tournes là"), je tourne trop tôt et me retrouve à la croisée de chemins vicinaux sans aucun panneau, ni aucun village de Charleval en vue... A ce point de la course, ce n'est pas très marrant... Heureusement pour moi une voiture arrive, je l'arrête et retrouve ma route, 2 km de trop, c'est pas trop grave. Dans la montée jusqu'à Lambesc, nous sommes assez nombreux, Laure et Gisèle nous encouragent. Au sommet, je suis en surchauffe et le moral est en berne.

Dans la côte de Charleval en pleine chaleur

Quelques minutes de repos au sommet de la côte

Descente sur Lambesc, puis vers Salon je discute avec un cyclo du coin pour me changer les idées sur la longue nationale. Petit écart à nouveau dans les contreforts des Alpilles, c'est magnifique ! Puis retour sur la route principale où j'arrive à rouler à plus de 25 km/h malgré le vent de face. J'ai encore des ressources.
Après le contrôle rapide de Mouries (le contrôleur est désolé de ne pouvoir me satisfaire avec son beau ravitaillement, mais cela fait un moment que je ne mange plus..., merci Monsieur), je vois les Baux de Provence au loin.  Deux belles côtes qui passent plutôt bien. 

Je ne m'autorise enfin à regarder l'heure car je sais que maintenant c'est dans la poche. Il me reste 15 mn pour arriver avant 16 heures, je mets le paquet dans la descente et sur l'entrée de Saint Rémy. Voilà, c'est fait. Beaucoup d'émotion à l'arrivée et Mark, Laure, Gisèle, Hugues, Alex, Patrick sont là pour m'accueillir. Merci à tous. 


La course de Mark :
Comme à son habitude, Mark est parti très mesuré dans le Mont Ventoux, un oeil sur son cardio un autre sur le sommet. Après avoir roulé seul jusqu'à La Palud (271 km) et essuyé deux grosses averses dans le Verdon, il a rattrapé Laurent Boursette (d'origine triathète et excellent cycliste) et Stéphane Ruel (marathonien sous les 3 heures) et ont décidé de rouler la nuit ensemble. Ils ont franchi la ligne d'arrivée en 24h58 à la première place des Grands Randonneurs ex aecquo.
Stéphane Ruel, Laurent Boursette et Mark, ex aecquo

Gestion de course
Depuis 4 ans que Mark et moi faisons des grandes distances, on a beaucoup appris sur nous mêmes et sur les choses à faire et à ne pas faire. J'ai fait une course parfaite si ce n'est  quelques arrêts trop longs ici ou là, mais les arrêts "logistiques" servent aussi à se reposer, il ne faut pas l'oublier. Sur 30h28 de course, j'ai stoppé 2h40 : peut mieux faire ! Côté alimentation, tout est au top, pas d'imprévu de ce côté-là.

Notre ravitaillement perso à Valensole : tout est prévu, Mark est le chef de notre logistique

Mark et moi avons été très disciplinés cet hiver et l'entrainement a été plus concentré pour cause de neige, et sans doute plus efficace. Je me sens pas mal en forme. J'ai 4000 km au compteur, mais surtout plus de 500 km de course à pied et beaucoup de natation. Mais le plus important est que j'ai réussi à accumuler tout cet entrainement sans blessure ni fatigue ni lassitude.
Nous sommes au meilleur de notre forme, en progression sur les années précédentes, l'âge ne semble pas encore nous faire décliner ... il faut profiter et on ne s'en prive pas !


Une partie de l'équipe formidable de Patrick



Remerciements à Gisèle et à Laure pour les photos.
Récit d'André et Patricia
Récit de Laurent, commissaire de course


Commentaires

  1. Encore Bravo à tous les deux pour ce bel exploit réalisé avec simplicité et sourires. Nous avons eu l'occasion de rouler ensemble, Anne... Mais je n'ai pas été aussi sage pour "gérer l'effort" !

    Amitiés à tous les deux et à bientôt au détour d'une route !

    Michel

    RépondreSupprimer
  2. Salut Anne,
    j'ai découvert maintenant ton blog: c'est super!
    Encore compliments à toi et a Mark!

    Matteo (l'italien qui avait compris que tu preferait rouler seule)...

    RépondreSupprimer
  3. Bravo Matteo, on peut dire de toi que tu es mesuré et très régulier, comme l'an dernier. La maîtrise de soi compte beaucoup dans ces épreuves. Bravo aussi à ta compagne Giancarla et bon succès pour vos futures épreuves

    RépondreSupprimer
  4. Tu auras été le rayon de soleil de ce RPE. Tout sourire dans le Verdon, en pleine forme au petit matin dans le col de Murs, j'ai été bluffé par ta résistance et ta bonne humeur.
    Mark je ne l'ai pas trop vu, hélas... Il roulait trop vite pour nous !
    Bravo à vous deux et à bientôt j'espère.

    RépondreSupprimer
  5. Un trés beau récit qui donne envie d'aller découvrir la Provence ... un jour probablement. Bravo Anne et bravo Mark, bonne continuation dans vos futurs défis !!!
    Poucet

    RépondreSupprimer
  6. Hello U2 !

    Encore bravo à vous deux, mon CR est presque prêt après avoir effacer malencontreusement son contenu, grrr..., dommage pour lundi matin mais on voulait pas trop traîner et puis vous dormiez tellement bien je suppose.
    Très beau CR c'est vivant et vécu...

    On vous embrasse.

    André et Patricia.

    RépondreSupprimer
  7. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

    RépondreSupprimer
  8. Je suis toujours impressionné par ces grandes distances incluant autant de dénivelé. Je suis admiratif de ta gestion de ta course.

    Quant à 2h40 d'arrêt sur l'ensemble, ce n'est pas énorme...

    Bravo encore... Je sens que la Sainté-Lyon en fin d'année va être une formalité :)

    RépondreSupprimer
  9. Bonjour Cricri, je n'ai pas prévu de faire la Sainté Lyon cette année... peut être y seras tu en solo ? Bonne continuation Anne

    RépondreSupprimer
  10. Anne Merci et au revoir à ma randonnée venir si le Juillet 24 VRV très facile, mais beau tout sur la bonne voie avec cicabile Lac de Garde: http://www.traguardovolante.com/index.php?option=com_content&view=article&id = 24 & Itemid = 6

    RépondreSupprimer
  11. anne toujours éclatante par ta perf et ton sourire que dire de marck un iceberg de gentillesse mais un coup de pédale qui donne froid dans le dos

    thierry

    RépondreSupprimer

Publier un commentaire