Un 600 km toutes voiles dehors


Depuis des années, le mois de juin est celui où notre entrainement nous permet d'atteindre le top de notre forme et depuis le Raid Provence Extrême (RPE), fin mai, j'ai enchainé les longues sorties avec plaisir. Mais il me manquait un autre objectif pour renforcer ma motivation. Je l'ai trouvé avec le Brevet des Randonneurs Mondiaux (BRM) 600 de Gap organisé le 19 juin. En plus de la performance qu'un brevet de cette longueur impose, c'est aussi la joie d'une aventure en solitaire qui m'attire.
 Mon vélo est lesté de lampes à l'avant, à l'arrière et de deux sacoches

Un magnifique parcours
Outre le côté attractif de participer à une épreuve organisée près de chez soi, dont le coût est quasi nul et l'organisation logistique très simple, j'ai aussi envie de découvrir avec ce parcours une région que je connais mal : l'Ardèche. Depuis Gap, le parcours rejoint la Drôme et le Diois via le col de Câbre (1209 m), puis la plaine du Rhône à Montélimar. Sur l'autre rive, on traverse une partie de l'Ardèche, puis descente via le Gard,  la Provence des  Alpilles, le sud d'Avignon et Apt. Retour par la traversée des Alpes de Haute-Provence dans toute leur largeur. Les 200 derniers kilomètres sont les plus difficiles puisqu'il faut franchir les cols du Labouret (1240 m) et de Maure (1346 m). C'est là tout l'intérêt des brevets organisés par le club de Gap et l'équipe sympathique de Jean-Jacques Tréguer de proposer des tracés corsés avec autre chose que la route nationale...

Déjà en manque de sommeil avant le départ
J'ai sans aucun doute des qualités d'endurance en vélo, mais c'est une aptitude qui me manque cruellement dans la gestion du sommeil : une mauvaise nuit entame beaucoup mes moyens, autant physiques que psychologiques. Les années d'expérience n'y font rien.
Alors que j'ai cru bien faire en me rendant sur place dans mon Van la veille au soir pour éviter un réveil au milieu de la nuit, j'ai à peine fermé l'oeil et le réveil sonne à 4h45. Me voilà au départ samedi matin avec un gros déficit de sommeil.

Une météo exécrable
La semaine précédente nous surveillons attentivement la météo. C'est difficile à croire pour une fin juin, mais le temps annoncé est complètement décalé : outre un mistral nord très fort qui ne faiblira pas ni la nuit ni le matin -alors que le mistral est plutôt un vent d'après-midi, les températures annoncées ne dépassent pas 22° dans la plaine en milieu de journée, et celles annoncées pour la nuit dans les montagnes sont de 2 °. En outre, la pluie est annoncée, heureusement pas trop longtemps et au milieu de la journée. Côté vêtements, c'est compliqué à gérer car il faut tout emmener avec soi : j'ai une sacoche avant et une arrière, mais je me refuse à rouler avec un sac à dos. Je prévois donc un équipement d'hiver qui sera à peine suffisant pour garder le corps au chaud.

 Au départ de Gap, lever de soleil

 Col de Câbre, toujours groupés

Retour sur le déroulement du brevet 
Départ samedi à 6 heures, nous sommes environ 25 cyclistes. Le groupe de tête dans lequel je prends place progresse vent de face jusqu'au premier contrôle à Die. Nous sommes assez nombreux  à arriver ensemble et le contrôle prend du temps. Comme j'apprécie beaucoup de rouler seul, c'est à ce moment que je fausse compagnie à mon groupe. Je me lance pour 509 km seul et en tête.
Ce maudit vent est toujours de face jusqu'à Crest où ça tourne vers le sud pour Montélimar. Là ça roule mieux, mais le vent de coté impose de tenir fort le guidon et de rouler incliné. La traversée de Montélimar me rappelle qu'il y a un an nous étions Anne et moi dans les sas de départ de l'Etape du Tour, au même endroit. Dans tous les circuits que je fais, avec le temps, j'ai un souvenir pour chaque endroit !
Après la traversée du Rhône, au Teil, un conducteur baisse sa vitre et me lance "Ils sont 15 juste derrière !". Ce genre de formule a le don de me donner une  poussée d'adrénaline, j'appuie un peu plus fort sur les pédales et j'effectue le 2ème contrôle tampon rapidement.
Le 3ème contrôle est à Aubenas. On voit que les commerçants sont des habitués du tampon sur le carton jaune ! J'emprunte à plusieurs moments un des circuits de l'Ardéchoise en 3 jours qui se déroule en même temps, leur parcours est fléché.


Enfin je roule plein sud, vent de dos vers Alès. Malheureusement, je me perds à Alès qui est une ville assez étendue. Je tourne  en rond pendant 20 mn et fais 5 km de trop, mais cette erreur m'amène vers une fantastique boulangerie où je fais le plein. Il est 16h45 et j'ai déjà effectué 280 km. Bientôt la moitié. Jusqu'à Remoulins, le vent est favorable, mais en retraversant le Rhône, c'est cap à l'est , vent de côté, on roule à nouveau le vélo incliné dans l'autre sens cette fois. Je ne peux m'empêcher, à Saint-Rémy de Provence, alors que je passe devant les locaux de l'ancienne gare, de penser au RPE qui arrive là. C'était hier !

A Cavaillon, il est 21h00 et je m'habille pour la nuit. J'ai les yeux très irrités par le vent et je ne supporte plus mes lentilles, je mets mes lunettes. Il me reste 210 km à faire, les plus difficiles : on est à 70m d'altitude et il faut maintenant atteindre et traverser les Préalpes dignoises.


Je traverse un Céreste fantôme et un peu triste dans la nuit. Le contrôle du RPE à cet endroit était vivant et plein de monde, j'y étais là aussi de nuit. Le vent ne faiblit pas. A Forcalquier, le contrôle  se fait avec une carte postale car tout est fermé. Il est 1h du matin. J'ai une très forte envie de dormir et je lutte contre le sommeil, ma moyenne baisse. Descente vers la Durance à Oraison et je remonte vers Les Mées avec un fort vent de face.

Poste de pilotage, pas beaucoup de place pour les mains !

J'arrive enfin à Digne et je paye ma mauvaise nuit de sommeil de la veille. Il fait 3° à 3h30. Malgré mes vêtements chauds, j'ai sous estimé le froid, exagéré par la fatigue physique et le manque de sommeil. C'est un moment critique.
J'essaye de m'endormir dans un jardin public enveloppé dans ma couverture de survie, mais le sol est humide et froid. Je repars après 25mn sans avoir dormi et j'entre dans le camping à la sortie de la ville pour me réfugier dans les toilettes pour handicapés, grand local ou j'entre avec mon vélo, j'allume la lumière et m'installe sur une chaise plastique et je dors pendant 40 mn. Il fait environ 10 ° à l'intérieur.

Au départ du camping à 5h15, je me sens mieux et je me réchauffe dans le col du Labouret avec ses raidillons à 10 %. Suivi par le col de Maure, c'est la dernière difficulté du parcours mais le vent est de face à nouveau. Au dernier contrôle, à Seyne, je ne prends même pas le temps d'un café. Je suis pressé d'en finir et j'espère toujours être en tête, bien que j'ignore si des cyclistes m'ont dépassé pendant ma halte d'1h40 à Digne.

Il reste 48 km avant Gap, la descente de la vallée de la Blanche est très belle mais glaciale et la route est jonchée de pierres. 
La fin du parcours est très roulante, j'ai des ailes. Je pointe à 9h00 pile au Gymnase Lafaille, en première position. Accueil affable à Gap, merci aux membre du club cyclotouriste de Gap pour votre gentillesse !

A l'arrivée, dimanche 9 heures
27h, 603 km, 4300 D+
Texte Mark, traduction Anne

Commentaires

  1. Bravo à toi Mark, moi aussi j'ai éfféctué les 550 derniers kms complétement seul. Beau parcours.
    Yann (j'ai pris la photo du départ)

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  2. Traduction de Sophie :
    Bon taf Mark !

    André

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