Super Randonnée Fausto Coppi : grandeur nature

Vendredi 2 et samedi 3 juillet 2010 - Cunéo (Italie) La catégorie des Randosportives concerne  les épreuves cyclistes avec publication de liste de Finisher sans classement : on y trouve des concurrents qui viennent pour la performance et le défi personnel.  La Super Randonnée Fausto Coppi s'apparente à cette catégorie, mais c'est surtout une épreuve cycliste hors des normes habituelles, elle figure parmi les parcours les plus difficiles d'Europe : 440 km pour 11300m de dénivelée positive (D+). Malheureusement, cette année le col d'Isoard vient d'être fermé à cause d'un éboulement et le parcours s'en trouve raccourci :  nous ferons 373 km pour 9500 m de D+.
J'avais fait de la Super Rando l'un des mes principaux objectifs pour cette année et, au-delà de toutes mes espérances, j'ai fini premier ex aequo en 22h30. Le BRM 600 effectué il y a quinze jours a donc été bénéfique.


Très populaire en Italie, cette épreuve qui se déroule tous les deux ans rassemble environ 100 cyclistes, et elle est organisée en marge de la cyclosportive Fausto Coppi le même week-end. La magnifique place Galimberti de Cunéo est transformée en kermesse géante pendant 3 jours.

Le départ est donné le vendredi à 21 heures avec un délai de 40 heures (dernier délai pour arriver dimanche avant 13 heures). Au menu, sept cols à plus de 2000 m : Col de la Lombarde (2350), Col de la Bonette-Restefond (2715), Col de Vars (2100), Col Agnel (2744), Col de Sampeyre (2264), Col d'Esischie (2370), Col de Morti - Fauniera (2485). Et un "petit dernier" pour confirmer : Madonna del Colletto (1304).

Le règlement n'est pas respecté : l'assistance est interdite mais beaucoup en ont une ostensiblement. Certains bénéficient d'une voiture suiveuse sur tout le parcours, d'autres ne compteront que sur eux-mêmes. Ca fait une sacrée différence dans la performance. Nous choisissons une solution intermédiaire : je fais les 4 premiers cols en autonomie, et Anne me rejoint en voiture à Sampeyre pour m'assister jusqu'au bout. Cette année, l'organisation a prévu également des "bag drop" en deux endroits (sacs personnels qui sont acheminés en avance), ce qui est très précieux pour les autonomes. 

S'engager sur la Super Randonnée, c'est un vrai défi : affronter de nuit et de jour les monstres que sont ces cols de haute montagne, se préparer à supporter une amplitude thermique importante et les orages éventuels. Les Italiens sont friands de ces défis-là et ils ne manquent pas de courage. Ils en rajoutent même toujours un peu pour ceux qui n'en auraient pas assez : comme le contrôle de Sampeyre en haut d'une côte hors parcours à près de 20 %, ou le choix de faire passer des cyclistes sur des routes qui seraient interdites en France tant elles sont dégradées et dangereuses.


Vendredi 
Anne et moi arrivons à Cunéo en fin d'après-midi. Dans une ambiance toute italienne de joyeux bordel,  retrait de la carte de route (à tamponner aux contrôles), préparation du vélo, dépôt du bag drop, et contrôle à 20h30. L'organisateur italien, Ivano Vinai, pourtant parfaitement francophone consacre 20 mn au briefing en italien, et moins de 5 mn pour les étrangers. On sait que les Italiens utilisent plus de mots que d'autres pour dire peu de choses, mais le moins qu'on puisse dire, c'est une impression de bâclé.
Sur la ligne de départ, contrôle de l'éclairage des vélos et c'est parti. Il est 21 heures précises.

Col de la Lombarde - 00h25
De Cunéo à Vinadio, une trentaine de kilomètres de plat en groupe avant de commencer l'ascension.  Le peloton bruisse d'interpellations. Le silence ne se fera qu'avec les premiers lacets. C'est une magnifique route à faire de jour, les épingles de la première moitié du col sont très serrées. De nuit, on voit les lampes et bandes fluos de cyclistes qui se déroulent comme un long ruban lumineux. C'est très spécial de monter dans la nuit calme. 
Lors de ma précédente participation en 2008, j'étais parti trop vite. J'ai retenu la leçon. Je monte souple et je me sens très bien. Je grignote peu à peu quelques places. Dans la descente, j'ai six cyclistes dans ma roue qui profitent de mon excellente lampe Hope qui éclaire comme une moto.

sur le vélo, pas sur le casque !

Col de la Bonette - 03h55
A partir d'Isola (871 m), l'ascension reprend pour 39 km dans la vallée de la Tinée. Je connais par coeur ce côté de la Bonette, chaque kilomètre, chaque fontaine me sont familiers. A 1h30 du matin, alors que je traverse le village du Bourguet pour aller à la fontaine, je tombe sur la fête patronale dont les participants, nombreux et très en forme, me font, comme aux autres cyclistes, un accueil digne de cette vidéo. Puisque je suis le seul à m'arrêter pour faire le plein d'eau, l'excitation est à son comble quand je leur explique ce que nous faisons là.  Ils sont déchaînés et quand ils me voient sortir mon sachet de poudre isotonique pour remplir mes bidons, chacun se bouscule dans l'espoir d'en avoir une ligne... 
Je reprends mon ascension dans la nuit magique. Il fait doux et calme, une demi-lune éclaire le paysage et fait briller les plaques de neige en altitude. Je fais cette montée avec fluidité. La nuit me transcende. Je rattrape les premiers cyclistes au sommet et me voici devant pour longtemps. A Jausiers, arrêt salutaire au premier contrôle où on me sert du café.

Samedi
Col de Vars - 6h12
C'est un col redoutable, pas le plus haut, mais l'un des plus raides du coin. Comme tous les cyclistes, j'en ai plus d'une fois bavé dans ce col, mais là il se laisse franchir presque facilement. Je suis étonné de ma forme.  Alors que j'approche du sommet, je vois le soleil qui éclaire les plus hauts sommets. C'est toujours un moment très spécial en montagne. Le deuxième contrôle est situé à Vars Les Claux, premier village après le sommet. J'arrive trop tôt, les deux contrôleurs qui offrent également un ravitaillement me demandent d'attendre 10 mn avant de tamponner ma carte. J'en profite pour appeler Anne qui a dormi dans la voiture près du lac de Pontechianale dans la descente d'Agnel côté italien. Il est 6h45, je prévois de la rejoindre dans 4 heures.

Derrière moi, la vallée du Guil, je monte le col Agnel

Col Agnel - 10h00
La montée dans la vallée du Guil est difficile avec un vent catabatique de face. Je peine un peu dans le col Agnel et ses 42km d'ascension à partir de Guillestre, mais la lumière matinale et la beauté de ses paysages me donnent des ailes. Dans les épingles d'Agnel derrière moi, je vois trois cyclistes. Sans doute savent-ils que je suis devant, renseignés par le contrôleur de Vars. Nous ne sommes pas en compétition, mais tant qu'ils ne savent pas où je suis, j'ai l'avantage.

Col Agnel, retour en Italie

Col de Sampeyre - 13h00
Je rejoins Anne qui me suit à distance. A Sampeyre au contrôle, j'enlève de mon vélo et met dans la voiture tout ce dont je n'ai plus besoin : je m'allège d'au moins 3 kg... 
Et c'est reparti pour ce col de Sampeyre que je n'ai monté qu'une fois par ce côté, en 2008 : l'impression est confirmée, il est terrible. 1300 mètres de D+, pentes à 12 %, les orages ont laissé des traces sur la route couverte de graviers. Par endroit, il n'y a plus de revêtement depuis longtemps, les trous sont devenus des tranchées : ces routes sont malheureusement abandonnées par le service public italien!

Dans Sampeyre, il fait très chaud quand je ne suis pas à l'ombre. Je m'asperge d'eau à plusieurs reprises, je rentre "dans le dur".
La descente de Sampeyre est tout aussi catastrophique : plusieurs routes se présentent, peu de panneaux, j'imagine la perplexité des cyclistes qui me suivent et qui ne connaissent pas ces lieux.. ce n'est pas le moment de se tromper. Dans les descentes, très dégradées, je suis crispé sur les freins : depuis mon accident en descente en 2008, je n'ai jamais repris confiance. 

Col d'Esischie et de Morti-Fauniera - 16h30
C'est une seule et même montée, mais les panneaux indicateurs utilisent sans aucune logique l'un de ces trois noms alternativement. De quoi en perdre son italien. La montée est assez ombragée, mais le ciel se couvre rapidement. J'entame l'ascension qui sera la plus difficile pour moi à ce stade de fatigue. Certains pourcentages sont effrayants, plus de 16 %. La route est en lambeaux. Je mange de moins en moins, je bois beaucoup.
 Contrôle secret à Marmora : ce simple panneau au bord de la route,
mieux vaut ne pas avoir le nez dans le guidon...



Les deux derniers kilomètres de l'Esischie demandent d'aller puiser très loin dans ses forces. Mais là c'est pas fini car il faut encore se hisser jusqu'à l'impressionnant monument à Marco Pantani, en haut du Morti.



La stèle Marco Pantani

Madonna del Colletto - 18h30
Descente semblable aux autres, sauf que le tonnerre qui gronde déjà depuis un moment semble se rapprocher. Je dois m'arrêter de temps en temps pour décontracter mes mains et mes bras, très douloureux. A Demonte, retour dans la circulation puisqu'il faut emprunter un grand axe pour trouver le dernier col. Et là, il y a du nouveau : j'ai de la compagnie ! 
 
L'orage pousse, j'ai le vent dans le dos, la pluie est imminente

D'abord la pluie qui commence à tomber de façon torrentielle et, alors que je suis à l'arrêt en train de m'équiper, deux des trois cyclistes que j'avais vu dans Agnel me dépassent... Je n'aurai donc pas le plaisir de franchir le premier la ligne d'arrivée, mais il est certain que ces deux-là me donnent le coup d'adrénaline dont j'avais besoin, d'abord pour les rattraper puis pour monter et descendre avec eux le dernier col. Après avoir pensé nous battre pour la première place, il nous apparaît plus sage d'arriver  premiers ex aequo, et c'est ainsi que nous rejoignons Cunéo, toujours sous la pluie battante.


Après l'arrivée et le retour dans le joyeux bordel de l'organisation, une seule idée en tête : rentrer à la maison. Une tranche de pizza avalée alors que nous sommes assis à même le trottoir, et une pause de sommeil de quelques heures (deuxième nuit dans la voiture pour Anne), nous sommes de retour à Ribiers tôt dimanche matin. C'est ça la vie des sportifs amateurs et nous on aime ça !

Alors que j'écris ce récit, je pense à ceux et celles (3 femmes) qui ont pris le départ avec moi et qui sont toujours sur la route. Respect.

Texte : Mark, Adaptation : Anne

Commentaires

  1. Et moi j'aime les gens qui aiment ce genre de vie, bravo Mark t'es pas " n'importe qui et c'est pas du n'importe quoi " merci pour ce CR très vivant.

    André

    RépondreSupprimer
  2. A chaque fois, je suis sous le charme, l'admiration et le respect de vos projets et vos performances sportives. Surprise, je ne le suis pas vraiment... Admirative, c'est évident ! Toutes mes félicitations ma très Chère Anne et mon Cher Marc.
    Claudie

    RépondreSupprimer
  3. Merci pour ce commentaire :-) Comme toi la première fois, je suis parti trop vite dans la Lombarde et la Bonette, et j'étais mort en bas de Vars. J'ai monté Vars, Agnel et Sampeyre dans le même état de fatigue (ni plus ni moins en haut de Sampeyre qu'en bas de Vars). J'ai pris l'orage dans la montée de Sampeyre.

    J'avais le "nez dans le guidon" à Marmora, j'ai donc raté le contrôle, j'ai roulé un peu en me disant qu'il était à la sortie du village, après j'ai envisagé continuer, mais j'ai quand même mis 6 km de montée pour me persuader que c'était impossible d'arriver à la Fauniera dans l'état où j'étais. J'ai donc fait demi-tour (je crois que j'ai gagné la course en distance parcourue), j'ai mangé et je suis reparti.

    Dans la montée, j'en pouvais plus, j'ai dormi une 1/2 heure à la belle étoile, et je suis reparti tout fringant (relativement ;-) ).

    Contrairement à toi, j'ai trouvé la Fauniera plus facile que les trois précédents, donc y a vraiment la fatigue qui joue dans les sensations qu'on a sur la difficulté des montées. Ensuite, j'étais à nouveau fatigué dans la Madonna, j'en voyais pas la fin. A un moment donné un gars m'a rattrapé, dépassé dans une épingle et m'a crié au passage "Ultimo tornante". C'était vraiment une bonne nouvelle. Voilà, après c'était fini. Je suis arrivé à 5h47, heure officielle, donc pas mal de temps après toi :p

    Le bilan c'est beaucoup de fatigue, mais même quand je m'échinais complétement mort dans les montées, m'arrachant à chaque coup de pédale, j'étais content de me trouver au milieu de ces montagnes magnifiques. Et la nuit c'est magique :) Dans la Bonette, j'éteignais la lampe pour monter au clair de lune (je l'avais déjà fait une fois dans le Turini pour préparer la randonnée, c'est vraiment super).

    Mon message est un peu long, j'espère que ce petit compte-rendu t'aura fait plaisir (j'ai eu plaisir à lire le tien). Bonne journée et bon pédalage :)

    RépondreSupprimer

Publier un commentaire