Tour du Mont Blanc : plein les yeux, plein les pattes

Le tour du Mont Blanc fait partie des parcours mythiques en vélo, en VTT ou à pied. Cette attraction pour les Alpes et son sommet est encouragée par les innombrables routes et chemins qui, revêtus ou non, ont accompagné le peuplement et l'exploitation touristique de ce massif situé au centre géographique de l'Europe.
Terrain de jeu infini, si le temps est beau, ces routes et chemins permettent des circuits variés. En vélo de route, il existe de nombreuses variantes du tour du Mont Blanc selon que l'on veut faire au plus court, ou éviter la circulation, ou chasser les cols ou encore choisir le sens du vent. Ce qui est sûr, quelque soit son choix, c'est que ce parcours est difficile : l'envisager en autonomie totale est au-delà de mes capacités.
Faire ce tour en vélo n'était pas prévu pour moi cette année. Pourtant, entre l'Ironman de Nice (27 juin) et le 1001 Miglia (1600 km, 16 août), j'ai eu envie de faire quelque chose pour garder la forme et j'ai découvert récemment cette nouvelle randosportive organisée par Sportcommunication (La Marmotte et le Grand Trophée). Le format randosportif me convient tout à fait : une logistique importante, des délais à respecter mais pas de classement.
L'offre est parfaite : nombreuses voitures et motos, ravitaillements copieux et réguliers, encadrement attentif. Mais question délais, les organisateurs, habitués à un public cyclosportif affûté, ont placé la barre très haut. En fixant une prévision d'évolution minimale à 18 km/h de moyenne (tout compris), ils ont  été optimistes car leur TMB a aussi attiré des gens comme moi, endurants mais peu rapides. Résultat : sur les 150 engagés, 50 abandons ou hors délai. Dès la moitié du parcours, ce fut l'hécatombe autour de moi, finissant seule (mais pas dernière!) 1h30 hors délai.

Mon tour du Mont Blanc
Voici d'abord quelques chiffres relevés sur mon compteur à l'arrivée : 334 km, 8000 m de dénivelée, 18km/h de moyenne sur le vélo, 18h20 de selle pour 20 heures en tout, 9300 calories consommées, moyenne cardiaque : 139 bpm.
Ceci étant dit, pas étonnant que ce circuit de 7 cols m'ait laissée épuisée et complètement vide, comme je ne l'avais jamais été.

Retour sur les événements :
Dimanche 18 juillet 2010, réveil à 4h  au camping des Saisies nous sommes plusieurs à nous préparer. Mark est avec moi mais il ne sera pas sur ce tour aujourd'hui, il récupère de la Super Randonnée Fausto Coppi.
Hier soir, il a fait assez froid et il a plu. La température au matin n'excède pas les 12 °. Pour ne pas me surcharger, j'ai opté pour un équipement léger qui sera insuffisant pendant la première heure et dans la nuit suivante.


Départ dans quelques minutes à 5h, nous sommes 150 dont 5 femmes. Le peloton est très international.



Choisir de nous faire partir en descente est une idée saugrenue : à 5h, il fait froid et nous avons 40 km de descente devant nous. J'ai une excellente lampe (Hope 4 led) mais ce n'est pas le cas de la plupart des cyclosportifs, peu habitués à ce type d'équipement, lourd et cher. Certains descendent "à la bougie" et la première partie de route est mauvaise. 

Le jour se lève sur Chamonix. J'ai un bon guide en la personne de Jacques Russias qui m'indique le nom des sommets alentour.




Le col des Montets et de la Col de la Forclaz (Suisse), ce n'est pas grand chose. Mais il faut quand même modérer le coup de pédale et garder le cardio le plus bas possible. Déjà 100 km parcourus, il est 9h15. 
La descente sur Martigny est un régal. A l'arrivée au contrôle des Valettes, on m'indique que j'ai 100 personnes devant moi et 50 derrière : c'est un ratio confortable. Quand on sait que ces 50 personnes ne finiront pas puisqu'un seul cycliste me doublera avant l'arrivée, c'est moins drôle.


 Champex - Lac

La montée à Champex est une arnaque ! D'abord parce qu'il est à tort annoncé comme un col dans la feuille de route : pour moi qui suis chasseur au Club des 100 Cols, tout nouveau col est une victoire, c'est raté ! Ensuite, c'est une montée terriblement éprouvante qui n'est pas du tout un raccourci : 12 km à 8% dont des passages à 14 %. Je suis debout sur les pédales, le coeur au plus haut. Sur un parcours de cette taille et de cette difficulté, nous y a laissons tous des plumes.

Mais voici le Grand Saint-Bernard et je suis réconciliée avec le Mont Blanc. C'est un col que je connais bien et je suis préparée à sa difficulté qui ne tient pas seulement à ses pourcentages, mais surtout à son exposition au soleil, à son intense circulation un dimanche de juillet et aux kilomètres de tunnels et galeries qu'il faut traverser. J'arrive en haut à 13h40, j'ai 20 mn de marge sur le délai maximum  mais je sais que cette épreuve de longue distance commence vraiment maintenant. 
En effet, tous les cyclistes qui participent à ce tour sont capables de faire les 162 km. que nous venons de parcourir. Mais à partir de là, on entre dans une autre dimension : gestion de la force, de l'alimentation, de la chaleur.

 

Nous sommes quelques uns à descendre ensemble vers l'Italie dans la fournaise d'Aoste. Ce sont mes compagnons d'infortune qui, un à un, vont céder aux incitations à l'abandon. J'ai une pensée pour eux, ce n'est jamais drôle d'abandonner, ça laisse des traces pour les épreuves futures.
Car c'est la triste réalité, les incitations à l'abandon sont constantes : d'abord cette équipe médicale  dans le Grand Saint-Bernard auprès de qui je m'arrête pour prendre de l'eau et qui m'indique que si j'attends un peu je pourrai prendre une voiture-balai. Merci Monsieur, mais c'est pas vraiment comme ça que j'envisage de faire le tour du Mont Blanc !
La traversée d'Aoste est rapide, heureusement que nous ne sommes pas dans l'autre sens avec le vent dans le nez dans cette chaleur.  Au ravitaillement de La Salle, il y a une dizaine de cyclistes. Je récupère mon bag drop avec mon ravitaillement personnel et refais mes bidons. Je constate que ces cyclistes ne sont pas très pressés, allongés dans des chaises longues ou dans l'herbe. Mais, c'est parce qu'ils ont tous fini ! L'un vient à moi et me dit que je peux prendre une voiture-balai car il reste de la place pour moi. Là, je commence à le prendre assez mal : s'il me fait cette proposition pour soulager sa mauvaise conscience, c'est raté. Merci bien Monsieur. 
Alors que je me fais servir des pâtes au ravitaillement, on me demande carrément si j'abandonne. OK, à partir de maintenant, quand on m'adressera la parole, je commencerai par "je n'abandonne pas", comme ça les choses seront claires. Je me demande : soit j'ai vraiment mauvaise mine, soit ils ont eu des consignes... je crois que c'est plutôt ça.
Me voici donc repartie, seule, vers le Petit Saint-Bernard. Je n'ai eu que des bons moments dans ce col à chaque fois que je l'ai monté dans ce sens. Traversée des splendides villages de Morgex et La Thuile, où notre Ubaye ferait figure de ruisseau. On monte dans les lacets au frais dans la forêt, c'est magique. On se trouve, je crois, au plus près du Mont Blanc, il est à portée de main.

J'arrive au Petit Saint Bernard à 19h00 pile, hors délai d'une heure

J'ai maintenant une voiture-balai derrière moi en permanence, je propose de rendre ma puce et ma plaque de route, sans succès. Nous allons ainsi jusqu'à Bourg Saint-Maurice. Là, je trouve 3 voitures-balais pleines de cyclistes, il faut dire que l'ambiance est très sympa même si je fais attendre tout le monde le temps qu'on me fasse un sandwich au fromage et qu'on me prête une veste chaude. J'arrive même à en débaucher un qui remonte sur son vélo pour la montée du Cormet de Roselend juste pour le plaisir. Beau geste.
Dans la montée, le jour tombe et j'ai soudain une hallucination : je vois un homme en bleu qui marche, un bouquet de fleurs des champs à la main, c'est Mark !!! Le meilleur moment de la journée assurément ! Notre voiture n'est pas loin, je m'équipe plus chaudement pour la nuit et je repars, malheureusement pas plus vite.

Le Cormet de Roselend (1967m), c'est vraiment LE col à ne pas faire de nuit : c'est trop beau !

Descente à fond dans la lumière des phares, j'adore ça. Mais le coup de grâce m'est donné quand Mark m'annonce qu'il reste 10 km pour remonter aux Saisies, ce qui veut dire plus d'une heure d'effort...

Me voilà arrivée aux Saisies, j'ai bouclé ce tour à 1 heure du matin pile, nous sommes accueillis par le directeur qui fermait les portes de la salle municipale. A ce stade de fatigue, je n'ai plus besoin de cérémonie ni de rien d'autre d'ailleurs : seulement mon lit !
"Une mer de cristal, d'azur et de diamant,
Crinière de glaçons digne du lion Pôle,
Tombe, effrayant manteau, de sa farouche épaule. [...]
Il est plus haut, plus pur, plus grand que nous ne sommes ;
Et nous l'insulterions, si nous étions des hommes."
Victor Hugo, "Désintéressement", 1877

Commentaires

  1. c'est très beau, bien écrit, avec des mots justes, pourquoi vouloir forcer à abandonner ? surtout avec toute ton expérience des longues distances en montagne,
    moi ça me donne envie d'y participer, mais ma hantise c'est de rouler la nuit et les tunnels, je ne vois pas clair,
    BRAVO , les organisateurs devraient savoir que les femmes sont très fortes en endurance

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  2. Tout simplement superbe ! Bravo pour ta perf !!!
    Merci pour ce CR !!! C'est clair que le délais de 18h est Hard !!!
    J'ai mis un lien sur mon Blog avec mon CR : http://bertshoot.over-blog.com/article-1er-tour-du-mont-blanc-cyclo-photos-video-cr-54334404.html
    Il y a un reportage photo que j'ai fait et une vidéo ...
    Bonne 1001 !!! PBP2011 ?

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  3. Merci Bertrand, très beau reportage toi aussi. PBP ? peut être ... bonne continuation !

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  4. Bravo pour ta performance ! Finir le tour du Mont Blanc est déjà une très belle expérience.
    L'année prochaine, je compte faire cette boucle en sauvage, à l'arrache comme d'habitude.
    Eric.
    http://velo-thailand.over-blog.com

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  5. D'abord bravo à vous pour la perf mais aussi pour votre franc parler :

    "C'est pas vraiment comme ça que j'envisage le tour du Mont Blanc". Commencer à 5 heures du matin par une descente, "une idée saugrenue"

    Que voilà de très bonnes réparties !!!

    L'an prochain les organisateurs évolueront peut-être...grâce à vous ?

    Moi aussi j'aime beaucoup les dénivelés très importants. Dans les Pyrénées il est possible d'en trouver qui sont plus denses, sans avoir de longues vallées à traverser et donc beaucoup moins de kilomètres. Mais c'est moins prestigieux que le Mont Blanc...

    J'ai testé cet été un 7000 et me proposait de faire un 8000 l'an prochain avant de découvrir cette nouvelle épreuve : Luz St Sauveur, port de Balès des 2 côtés et retour à Luz soit Tourmalet Aspin Peyresourde et Balès des 2 côtés pour 280 kimomètres au lieu de 330.

    Mais seul et sans assistance, comme ça pas de voiture balai aux trousses ni de propositions décourageantes...

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  6. Un p'tit tour sur ton blog c'est toujours aussi sympa ... BRAVO BRAVO BRAVO.
    Poucet

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