Des cols à 3000 en passant par Rochemolles et Mouchecuite


Très peu de cols à plus de 3000 m sont accessibles dans les Alpes en roulant sur son vélo : le col de Sommeiller (3009m) au dessus de Bardonecchia (Italie) est l'un des seuls et c'est uniquement parce qu'il y eût un jour un projet de station de ski et une large piste pour y accéder.  Aujourd'hui ne reste que la piste, très bien entretenue.
Nous avions gravi ce col il y a deux ans, sans vraiment savoir quels étaient les autres cols dans ce secteur. Il faut dire que, jusqu'à cette année où nous avons intensifié notre chasse aux cols, nous étions réticents à faire du poussage ou, encore pire, du portage en VTT ! Mais l'horizon des possibles se restreignant, il a bien fallu s'adapter et finalement, si on y est préparé, une sortie VTT avec quelques sections de marche à pied n'est pas désagréable non plus. Le vélo est certes encombrant, mais au moins il roule et il peut porter les bagages...

Une sérieuse préparation
C'est à la lecture du récit d'un membre du Club des Cent Cols que nous nous sommes décidés pour ce parcours de 6 cols dont 5 à plus de 3000 mètres. Le club met à la disposition de ses membres des listes de cols classés par difficulté* et des récits de membres. D'autres sources d'information sont également utiles, en particulier le site internet VTT Tour, alimenté par des récits de ses contributeurs. Le problème est que la chasse aux cols n'est pas leur objectif, il faut donc recouper les deux sources pour ne pas passer à côté d'un col sans faire l'effort d'aller y poser ses roues. La troisième source d'information, absolument essentielle, c'est la carte IGN au 50 000ème ou son équivalent italien, celle de l'Istituto Geografico Centrale.
Le règlement des Cents Cols impose qu'un vélo par membre soit au col pour que celui-ci puisse être compté. Mark ne faisant pas partie du club, quand nous faisons du poussage ou portage sur un col en aller retour, nous ne montons qu'un seul vélo.
En termes de sécurité, nous avons été échaudés par la chute à VTT de Mark lors de notre dernière sortie en haute montagne : à mi-parcours il lui a été impossible de remonter sur son vélo après une lourde chute, et nous avons fait des heures de marche clopin-clopant pour lui, et moi faisant des aller retours en poussant les deux vélos alternativement dans les endroits difficiles... Heureusement, nous sommes rentrés à la voiture avant la nuit. Cette fois-ci nous emmenons donc une petite pharmacie, des lampes et des vêtements très chauds si nous sommes "retenus" plus de temps que nécessaire en altitude. Pour un premier jour d'automne, la température est exceptionnellement clémente, toutefois la pluie est annoncée en soirée.
 
Arrivés à Bardonecchia la veille au soir, nous montons le matin en voiture jusqu'à Rochemolles (1619 m) qui sera notre point de départ. Avec Mouchecuite, ce sont les deux seuls villages de notre parcours et il faut bien dire que la toponymie de cette vallée occitane prête à sourire !
Forêt de mélèze qui ont poussé avec de la neige accumulée au bas de leur tronc (nivomorphologie)
Plein les yeux, plein les oreilles !
Sur nos vélos à 9h30, nous quittons Rochemolles en compagnie d'un groupe de 6 VTTistes italiens. Notre première préoccupation est alors de prendre de la distance, soit en roulant devant, soit en roulant derrière, pour apprécier dans le silence la beauté des lieux. Finalement, ce sera devant.
Après le lac de Rochemolles qui se longe intégralement et nous repose d'une montée bien raide de 7 km, la piste traverse de belles forêts qui résonnent du brâme du cerf. Des observateurs aux jumelles semblent se régaler du spectacle mais, malgré nos arrêts répétés, nous ne les verrons pas. D'après la description des différents brâmes, il semble que ce soit ceux de présence que nous avons entendus.
A l'arrivée au refuge de Scarfiotti à 2150 m, nous assistons au rassemblement d'un grand troupeau de vaches qui redescendent après un été dans les alpages. Dans l'ascension des lacets qui surplombent ce pré, le bruit des cloches est assourdissant et nous accompagne longtemps. 
Dans les lacets au dessus du refuge Scarfiotti

Notre destination, le col de Fourneaux sett. est visible ici : sur la crête complètement à droite.
Nous quittons la piste du Sommeiller : le col du même nom est en vue
Dans le vif du sujet
Arrivés à 2600m, il est temps de quitter la piste confortable du col de Sommeiller pour aller droit au nord sur un sentier balisé vers les 3 cols des Fourneaux : Fourneaux settentrionale (3168m) , Fourneaux centrale (3159m) et Fourneaux méridionale (3098m). Nous descendons de nos vélos pour un long moment et commençons à progresser sur le sentier bien tracé et creusé par le passage des 6 motos trials qui nous ont précédés. Le silence des grands espaces minéraux s'installe, troublé seulement par les chutes de pierres de ci de là.

Le premier de ces trois cols est difficile d'autant plus qu'on le voit de loin et qu'il semble facile d'accès, ce qui n'est pas le cas. A cette altitude, la progression demande plus d'effort à cause du manque d'oxygène. Nous sommes essoufflés et faisons de petits pas plus petits, en poussant le vélo.




"Je veux pédaler à 3000 m! " : OK mais pas pour longtemps...

Derrière nous il faut lire "Fourneaux Sett. 3169"
Arrivés au sommet un panneau peint à la main nous indique la voie à suivre pour les 3 cols suivants, y compris le col Galambra (3031m), qui sont en descente. 
Au refuge Galambra, nous faisons un tour d'horizon visuel et cartographique et décidons de monter 2 cols en aller retour, avec un seul vélo. Le premier d'entre eux,  le col Peirous à 3166 m nous fait pas mal remonter mais c'est finalement, le second, le col Valfredda à 2901m qui nous posera le plus de difficultés : c'est un mur vertical. Avec le vélo à bout de bras, c'est laborieux, mais je tiens à prendre ma part d'effort. 
Il est déjà 14h30, cela fait 5 heures que nous sommes partis et la pluie est annoncée à 17h00. Il ne faut pas traîner. 




Le refuge Galambra : un abri sans confort

Au centre de cette photo, le col Valfredda, si difficile à atteindre par le sentier en contrebas



Col Valfredda 2901 m

La descente plus pénible que la montée
On pourrait penser qu'on va enfin se reposer dans la descente, mais ce n'est malheureusement jamais le cas. Outre notre faible niveau technique, il faut composer avec le terrain et l'absence de marquage du sentier. Un peu de free ride dans un mauvais pâturage, puis une série de montée-descente de la selle tous les 20 mètres selon l'état du sentier, raviné par les eaux qui se transforme en profonde rigole où les deux pédales touchent : perte d'équilibre assurée dans ce cas ! Mark se débrouille bien mieux que moi et pour ne pas prendre trop de retard, je cours avec les deux mains sur le guidon, le vélo me sert de béquille. Deux petites chutes sans gravité m'enlèvent le peu de confiance qui me reste et j'effectue le plus clair de la descente à pieds avec les jambes qui tremblent. 
Enfin, après une grande ferme, c'est le retour sur la piste pour la dizaine de kilomètres qu'il nous reste à effectuer à fond de train, la pluie menaçant derrière nous.

A 17h30, nous sommes de retour à la voiture après un circuit d'environ 45 km pour 2500 m de dénivelée qui nous aura donc pris 8 heures sans pause sauf pour admirer le paysage.



* R route ou S sentier, de 1 à 5 : 1 cyclable / 2 non cyclable mais poussage sans difficulté / 3 étroit, rocailleux, pentu, poussage difficile / 4 portage / 5 acrobatique, infranchissable, dangereux.

Commentaires

  1. Superbe parcours et ce qui ne gâche rien, bien garni en cols. C'est un plaisir de vous lire.

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  2. Impressionnant cette sortie vtt .......Vous allez faire des jaloux en alsace parmi nos mais vtt avec leur chemins forestiers .... hihih

    Bravo ....Infatigables le Cpl d' aventurier ..

    Amities à vous deyx d' un Bridou éclopé....Hihihih...

    Pascal

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  3. A noter Pascal : pas de marcassins sur ces chemins... ni de marmottes d'ailleurs, elles sont déjà en train de faire du gras (comme nous !)
    Bon rétablissement
    Anne :-)

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