The big tour : Bonette, Lombarde, Larche

Tracer des parcours avec des combinaisons de cols, les faire une fois, deux fois, dix fois, dans un sens, dans l'autre, de nuit, de jour : c'est toute une partie de notre vie de cyclistes.

Partager ce plaisir à deux, c'est le ciment de notre couple. 
Partager ce plaisir à plusieurs, c'est beaucoup plus rare.

Kate et Paul nous ont offert hier cette chance : partir à 4 dans la nuit pour une longue journée de vélo faite de paysages extraordinaires, de conversations dans les montées, de descentes enivrantes, de bienveillance et de confiance.

Entre les cols de l'Ubaye et l'Italie, il y a de multiples parcours imaginés par des cyclistes toujours plus fous : 7 cols ou même 10, des boucles de 100 à 400 kilomètres, des cumuls de dénivelé accablants. La météo est le commandant en chef, elle a le dernier mot, dans de mauvaises conditions nous ne sommes rien. 

Retour sur les événements
Vendredi, c'est le jour J, une fenêtre dans l'emploi du temps chargé de nos amis qui exploitent les chambres d'hôte pour cyclistes Serre des Ormes dans les gorges de la Méouge.
Un parcours nous fait envie à tous les 4 : Larche-Lombarde-Bonette de 160 km et 4000 de D+. Ce n'est pas une première pour Mark et moi, mais avec les années, c'est de plus en plus un challenge !
Comme chaque jour de cet été, les prévisions sont les mêmes : chaleur et orages l'après-midi. Qu'à cela ne tienne, le départ est fixé dès 4h et le tour se fera dans l'autre sens pour éviter de se trouver sur le plus haut col dans l'après-midi quand le risque d'orage est le plus fort.


Réveil à 3h30 dans nos véhicules respectifs garés à Jausiers et départ sous une demi-lune brillante vers la Cime de la Bonette. 
J'ai toujours adoré rouler de nuit, le silence, la profondeur, la pente semble moins raide au toucher. Les kilomètres défilent, nous éteignons vite nos lampes, il fait si clair sous la demi-lune ! Le ciel s'éclaircit, premières lueurs, nuages moutonnants, le soleil colore les sommets. Dernier effort dans la cime de la Bonette, 2800m, le panorama est à couper le souffle. Il est bientôt 7h.

La première descente me surprend. Je suis dernière et je n'ose pas me lancer : si je chutais, on ne me retrouverait pas. Je laisse l'écart se creuser : je sais qu'ils vont s'arrêter en descente, transis, pour se réchauffer.

A Saint-Etienne de Tinée, tremblants, nous nous frayons un passage entre les étals du marché qui s'installe, un grand café nous réconforte.

La descente se poursuit le long de la Tinée, nous sommes rattrapés par un drôle de cycliste tout en noir, très affûté, sur un bizarre vélo de randonnée sans sacoche. Il roule très très vite et nous emmène dans sa roue. Au gré de quelques mots échangés, nous apprenons que c'est un navetteur : il vit l'été à Barcelonnette et travaille à Nice. Départ à 4h pour commencer le travail à 14h et il fait ça 2 fois par semaine dans chaque sens. Étonnant !

A Isola, virage à angle droit et ça grimpe sec tout de suite pour la montée du col de la Lombarde. On enlève quelques couches de vêtements et partons pour une vingtaine de kilomètres de grimpée. C'est vraiment dommage de monter la Lombarde par ce côté, c'est beaucoup moins joli que de l'autre... A Isola station (2000 m) on se regroupe pour faire les 4 derniers kilomètres ensemble. Un homme court sur le bas côté : je ne parviendrai pas à le rattraper ! Pause sandwich au col (2350 m). Il est 10h50.

Dans la descente, je me concentre et je prends peu le temps d'admirer les immenses falaises rouges, le torrent qui dévale. Les lacets sont serrés. Beaucoup de cyclistes montent dans la chaleur. Ciao, comme un coassement. Soudain, vive piqûre sous la sangle de mon casque, sous l'oreille. Une guêpe. Je suis obligée de m'arrêter, j'enlève le dard, ça brûle ! Dans cette descente, deux véhicules nous mettent en danger en doublant en montant sans visibilité.

Au bas de la descente, petit village et fontaine abondante, nous bifurquons vers la France avec une brise dans le dos. La route est refaite, c'est un plaisir et ça glisse. Enfin, la pause gelato se matérialise à Pietraporzio. On pourrait faire une orgie de glace ici... 


La montée vers le Colle della Maddelena (c'est le nom italien du col de Larche) est d'abord assez droite, bordée de villages décatis et de campings bondés, puis en épingle pour s'élever progressivement jusqu'à 1999 m où nous nous retrouvons à 13h30.

Dernière descente dans la circulation, le ciel chargé nous épargne les hautes températures. Nous retrouvons Jausiers 11h après, parcours bouclé, pas d'orage, immense satisfaction !

Photos : Kate et Paul

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