Défi des Fondus de l'Ubaye : la quête des cimes

Pour notre 4ème participation au DFU (Défi des Fondus de l'Ubaye), toutes les conditions étaient réunies pour nous satisfaire : météo au beau fixe, parcours renouvelé et nous sommes venus avec nos amies Sido et Boo ...

Le DFU : kesaco ?
Claude Véran et ses amis de Barcelonnette ont réussi au fil des ans à consolider les bases d'une  épreuve cycliste hors du commun : il s'agit de réaliser un parcours en étoile au départ de Barcelonnette avec la possibilité de gravir au choix 4, 5 ou 7 cols ou la montée seule de la Bonette. Ce défi est dédié à une œuvre caritative, une grande partie des recettes y est consacrée : la lutte contre la mucoviscidose, maladie génétique qui affecte les poumons. En gravissant ces cols, il s'agit de donner du souffle à ceux qui n'en ont pas. L'organisation est à la fois rigoureuse et conviviale, à l'image du concepteur de l'épreuve.
vue de la cime de la Bonette (cliquer pour agrandir)
Quels cols ?
Cette année, c'est une première : le parcours a été inversé pour éviter les orages fréquents de fin de journée dans l'est de l'Ubaye qui ont perturbé les éditions précédentes. L'ordre des grimpées est dorénavant le suivant :
- Vars (2109m),
- Station de Sainte-Anne (1830m) : ce n'est pas un col mais une alternative au col de Larche qui figure au parcours mais qui est (définitivement ?) interdit aux cyclistes
- Restefond (2680m) et la Cime de la Bonette (2802)
- Cayolle (2326m)
- Allos (2247 m)
- Saint Jean (1333)
- Pontis par Savines le Lac (1301m)

Qui est là ?
Pour les participants au défi -164 cette année dont les plus grands cyclosportifs* français- le départ est donné à 5h30. Le délai maximum étant de 24h, chacun choisi son défi et a largement le temps de l'accomplir. Il est possible, en cours de route, de changer d'objectif selon la forme. La salle du marché couvert de Barcelonnette est le PC permanent : on y pointe régulièrement et on s'y ravitaille. A chaque sommet de col est installé un contrôle.
Cette année, l'Est de la France était en force avec des clubs d'Alsace et de Lorraine et les fidèles du CCK et consorts. Le club de Vence et ses messieurs et dames en rose étaient aussi de la partie. Tous les profils sont représentés. Se côtoient  des cyclosportifs et triathlètes et des fidèles modestes et moins démonstratifs : Mathieu était là pour la 7ème fois, et aussi Catherine qui traverse les massifs pour relever son défi...! On y vient aussi en famille : les 3 Gissinger's, le couple Isabelle et Frédéric Esclangon venus défier le sort, ou encore un monsieur de 78 ans qui gravissait la Bonette, fier comme un pape, et qui accompagnait son fils...

* 3 détenteurs de record du parcours des 7 cols ont pris le départ : Daniel de Gabaï, Sébastien Gissinger et Michel Roux (nouveau record en 12h12)
Mark, Anne, Boo : il est 5h30
Notre défi 2011
Nous avions placé la barre très haute en 2009 sur les 7 cols (17h00 pour moi et 13h48 pour Mark) et il n'était pas envisageable d'espérer égaler nos records personnels. Cette année, j'ai grimpé 5 cols, soit 209 km et 5300 m de dénivelée en 13h17, dont 30 mn d'arrêt. Mark a bouclé les 7 cols, soit 309 km et 6850 m de dénivelée, en 14h30, placé 5ème ex aequo.
A nos côtés, Boo qui posait ses roues pour la première fois en Ubaye et termine première féminine des 4 cols, et Sidonie qui m'a accompagnée et assistée comme une pro !

Les derniers lacets du col de Vars, il est 7h00
Mark est déjà sur la Cime de la Bonette et se prépare à la descente pendant que...

... Boo arrive au sommet...

... et moi je traîne encore aux abords du lac
... encore un effort
le col de Restefond et la cime de la Bonette en vue, en contrebas la route pour le col de la Moutière
Route de la cime de la Bonette :  500 m à 15%, je maintiens l'équilibre à 5 km/h
Pointage à 11h40 : heureuse de vous voir, messieurs !
La montée du col de Cayolle : 30 km, souvent à l'ombre, heureusement parce que ça chauffe !

Toujours de la compagnie dans les grands cols !

Le DFU, c'est ça : on se croise, on se salue, on s'encourage

 Un peu plus tard, dans la montée d'Allos, dur dur

Sidonie, toujours fidèle au poste et un modèle d'organisation !




Col d'Allos : terminus, tout le monde descend !

Vol sur le Pic de Bure

Belle journée sur le Chabre avec environ 20 delta et 20 parapentes, et 15 autres sur le décollage d'Aspres que j'ai survolé.
Le vent modéré sud-ouest a rendu le retour du Pic de Bure vers Laragne assez difficile, jusqu'à Aujour où j'ai retrouvé une rue de nuage qui m'a permis de retourner vers le sud jusqu'à la vallée du Jabron. De là, le retour au camping de Laragne a été facile avec le vent dans le dos.

Profitez de ces belles images et montez le son !

Pente & Côte : fête cycliste

Mai et juin offrent de généreux congés à l'occasion du calendrier catholique. Quand Mark m'a demandé la signification de la Pentecôte (les Britanniques n'ont pas les mêmes fériés que nous), j'étais bien incapable de lui répondre. Même mes collègues de bureau sont restés évasifs... Et puis, n'ayant pas vraiment envie de le savoir et je n'ai pas cherché plus loin.
Nous décidons donc qu'après la bien nommée fête de l'Ascension, la Pentecôte est aussi une fête cycliste : devaler des pentes et monter des côtes. Pourquoi pas ? Cette explication me va bien.

C'est ma deuxième sortie vélo après le BRM 600 et voici mon programme : Col de Muse, Col Saint Jean, Col de Perty, Col de Mévouillon, 121 km pour 1800 m de dénivelée.


Gorges de la Méouge

Dans le col de Muse, le plus isolé de tous les cols du coin. Il ne figure pas sur la carte Michelin et de l'herbe pousse au milieu de la route
 
Un panneau indicateur antique à Izon-la-Bruisse

Le Maquis Ventoux connut des heures tragiques ici, voir derrière ce lien http://fr.wikipedia.org/wiki/Maquis_Ventoux

Toujours dans Muse, je lézarde, appareil en main

Lavandes tardives


Col de Muse : 1200 m
 
Il y a du monde au Col Saint Jean
Vue sur le Laragnais
Après une courte descente, le Col de Perty, un grand must du coin

Paysage des Baronnies


Mévouillon, le petit dernier

Retour par les Gorges de la Méouge

Ciel de rêve sur la vallée du Buech

Fin du parcours...

BRM 600 km : ADIEU ERIC

Il s'appelait Eric Vincent, médecin, marié, 3 enfants. Il est parti avec nous samedi matin  pour le BRM 600 km Gap-Alès-Gap, et il n'est pas rentré.
Percuté par un véhicule dans la nuit, sur une route à grande circulation, Eric n'a été découvert que des heures plus tard, en contrebas d'un talus, dans un ruisseau, son vélo disloqué. La collision avec un véhicule ne fait aucun doute. Son vélo pourrait avoir été déplacé. L'enquête en dira plus.
Eric a été victime d'un double drame : celui de la vitesse, celui de l'abandon.

Faire du vélo sur des routes à grande circulation de nuit, dans des conditions météo difficiles, peut paraître excessivement dangereux. Chaque année des cyclistes perdent la vie ainsi, plus souvent les années de Paris-Brest-Paris (tous les 4 ans) quand beaucoup de brevets qualificatifs sont organisés.

Nous vivons dans une ère de responsabilité : tout acte de la vie a un responsable désigné. Il faut espérer, si ce chauffard reste caché, qu'il vive les pires tourments toute sa vie.

Pour les non-initiés, faire du vélo de nuit peut paraître dangereux. Pour les cyclotouristes puristes, passer une nuit sur son vélo, c'est comme un rite initiatique, une transgression. On a vécu quelque chose d'unique et l'envie de recommencer s'impose vite.
Les comportements des uns (cyclistes) et des autres (véhicules), forcés de cohabiter, peuvent être orientés  pour que jamais à l'avenir la pratique du vélo de nuit ne soit interdite ou déconseillée. Orienter les pratiques, cela tient parfois à quelques mots qui peuvent revenir en mémoire et déterminer le comportement au moment où le cycliste choisit de rouler seul ou de rester en groupe, de s'arrêter pour se reposer ou de continuer dans la nuit.

Nous avons constaté Mark et moi, au cours de nos expériences, plusieurs approches sur le sujet :

- La FFC (Fédération française de cyclosport) organise des épreuves dans lesquelles tout ou partie se fait de nuit (Raid Provence Extrême, Tour du Mont Blanc, 1001 Miglia, Superando, etc). Ces épreuves comportent obligatoirement un briefing, souvent la veille au soir, parfois le jour même. Il y est question de l'itinéraire à parcourir, mais surtout de sécurité : porter des vêtements réfléchissants, ne pas rouler seul de nuit si c'est possible, avoir un éclairage approprié. Ces équipements sont vérifiés avant le départ  par un commissaire de course. Sur l'itinéraire, les conducteurs sont informés du déroulement d'une course cycliste, quand cela est possible.

- Les épreuves d'ultradistance (type RAAM, Race Across America) sont encore plus sévères sur le sujet : chaque cycliste a un véhicule suiveur qui fait écran. Si lors d'un contrôle inopiné, le véhicule est absent, le cycliste a une pénalité de temps, qui peut aller jusqu'à la disqualification.

- La FFCT (Fédération française de cyclotourisme) organise des brevets et des randonnées de longue distance. Il n'y a pas de briefing, l'équipement n'est pas vérifié, on part du principe que le cycliste est responsable et bien informé. Il n'y a pas d'incitation à rouler en groupe de nuit. Les itinéraires des brevets privilégient les grands axes pour que les distances parcourues soient les plus longues possible, sans trop de dénivelé, sur des routes de bonne qualité.

Ceci dit, Eric était apparemment en règle, cette photo de lui le prouve : vêtement réfléchissant, bande réfléchissantes et éclairage sur le vélo. Mais il était seul sur une route nationale, un samedi soir de "grand week-end".

PS : le suspect a été identifié et écroué jeudi 9 juin : alcool et assoupissement au volant.
Eric, à gauche
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Chaque année depuis 6 ans maintenant, nous faisons une longue distance, type 600 km fin mai. Cet événement conditionne notre entraînement et est une source de motivation pour rouler l'hiver qui précède. Cette année, pas de Raid Provence Extrême, je décide de le remplacer par la série des brevets, organisés par le club cyclotouriste de Gap. J'effectue les 200 et 300 km en condition de "contre la montre". Pour le 400 km, Mark avait proposé de m'accompagner pour ne pas me laisser rouler seule la nuit. Mais nous nous désistons au dernier moment à cause de conditions météo épouvantables.
Pour le 600 km, samedi 4 juin, malgré des orages annoncés, nous nous lançons. Mark n'a pas l'entrainement nécessaire, mais il aborde cette épreuve avec enthousiasme et nous sommes heureux de partager ce projet.

Les photos qui sont ci-dessous ont été prises lors de notre périple, alors que nous étions dans l'ignorance du drame. Nous suivions Eric d'environ 3 heures. Nous sommes donc passés tout près de lui, sans savoir. 

Je regrette de n'avoir pas dit un mot à Eric alors que nous prenions un café ensemble au départ alors qu'il avait été si gentil avec moi au cours des brevets précédents où j'avais remarqué ce cycliste élégant et sportif. Pour lui cela n'aurait rien changé, pour moi c'est une occasion définitivement manquée. Je pense à sa femme, je pense à ses enfants.

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Derrière moi, 2 des 4 vélos couchés engagés dans l'épreuve

Derniers coups de pédale au sec, kilomètre 200



Pont du Rhône à Tarascon, 21h30
Entre ces photos, la nuit s'est déroulée sous la pluie très forte. Nous nous sommes réfugiés à quatre reprises dans des abris parfois pas très bien choisis. L'apothéose s'est déroulée avant le lever du jour, entre Céreste et Forcalquier. Cet orage a duré environ 4 heures.


Sur le pont de la Bléone, à Malijai, kilomètre 485. Dans un véhicule que nous avions garé à la mairie, nous avons pu nous changer et mettre des vêtements secs et chauds. Mark a un sac plastique sur la tête.


Je ressemble à un motard...


photo : Jean-Philippe Battu


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