Une Flèche Velocio en bonne compagnie

Quand Sophie Matter fait du vélo, c'est en général hors des normes. Sophie n'est pas une extra-terrestre, c'est juste une cycliste pas ordinaire qui aime la difficulté.
En tant que Capitaine de cette Flèche Vélocio 2010, elle a appliqué à la lettre ce qui fait sa renommée : aller vers le dépassement de soi tout en se faisant plaisir. Eh bien nous avons été servis !
Nous, ce sont ses camarades du CCVC (Club cycliste de la Vallée de Chevreuse) : Eric dit le Killer, Jim, Christophe, Bernard à l'assistance, et moi.

La Flèche Vélocio : mode d'emploi
Créée en 1947, cette épreuve fut instituée par l'Audax Club Parisien : il s'agit de se diriger en vélo, en un  groupe de 3 à 5, vers le point d'organisation de la concentration cycliste "Pâques en Provence", dans un délai maximum de 24h, en arrivant au plus tard le dimanche à 10h30, et en ayant parcouru un minimum de 360 km. 25km doivent être effectués au cours des 2 dernières heures, pas question de rouler à fond et d'aller se coucher... Ces 24 heures de vélo début avril sont souvent pour les cyclistes l'occasion de passer leur première nuit dehors... et on sait qu'en avril tout est permis. Les Flèches sont en général également l'occasion de faire du foncier et de rouler en vallée. Les organismes sont peu entraînés, et les cols  pas vraiment accueillants les nuits d'avril. Mais avec Sophie aux commandes, c'est une Flèche Vélocio un peu spéciale puisque c'est la première à gravir le Ventoux jusqu'à Chalet Reynard et à atteindre les 4000 m de dénivelée positive.

Le CCVC : un club de durs
Dans la vie, je ne suis pas très groupe ni club. J'aime trop mon indépendance pour me conformer à des rendez-vous, j'en ai assez avec mon boulot... Mais j'aime bien rigoler et j'adore la compagnie des cyclistes : les sujets de conversation sont bien encadrés et on ne m'embête pas avec autre chose. Par dessous tout, j'apprécie ceux qui ne se prennent pas au sérieux, qui laissent leurs trophées et autres palmarès dans leur tiroir  et qui font, sans en avoir l'air, des performances admirables. Au CCVC, il semble y avoir beaucoup de ces gars-là, très complices, et qui ont fait des tas de choses ensemble. C'est avec eux que Sophie a fait ses premières armes dans la longue distance. J'ai reconnu un air de famille !

Notre Flèche : 370 km, 4012 D+
Deux équipes du CCVC étaient présentes au départ d'Entrechaux (84) cette année. La Reynarde, pour un parcours sud, composée de nous cinq, et la Sportive pour un parcours nord, pour cinq autres. Tout ce beau monde, assistants compris, sont logés à la même auberge sur les bords de l'Ouvèze.
L'équipe la Reynarde : Eric dit le Killer, Anne, Sophie, Jim, Christophe

Le départ est donné vendredi à 16h. Nous partons après l'équipe Sportive (le règlement de la Flèche impose que les équipes ne roulent pas ensemble) mais avons la même destination : Sisteron où nous dînons ensemble avant que nos parcours nous séparent.

Bernard est notre assistant.  Il a l'un des plus beaux sourires que j'ai jamais vus et un sacré  vécu de sportif. Chaleureux, généreux, prévenant cet homme-là. Au volant de sa DS, une  super bagnole qu'il chouchoute, il nous gâte à chaque point de contrôle. Aide inestimable quand l'on sait le nombre de vêtements différents qu'il faut emmener sur ce genre de périple, sans parler du ravitaillement !

Elle est belle la Provence !
D'Entrechaux à Sisteron, nous passons d'abord deux petits Cols : Le Pas du Voltigeur (alt.328m) et le Col de Saint Michel (alt. 404m). Deux broutilles, mais un col c'est un col. Puis, c'est Buis-les-Baronnies et les gorges de l'Ouvèze, les champs de lavandin et le Col de Mévouillon (alt.889m), enfin les spectaculaires gorges de la Méouge que je ne me lasse pas d'admirer, et les paysages arboricoles de Ribiers. Cette première partie de notre parcours, c'est l'essence de la Provence tranquille et déserte, froide en hiver, rocailleuse à souhait, c'est cette Provence où nous avons choisi de vivre il y a quelques années déjà. Dans le soleil couchant, nos ombres s'allongent sur le bitume, et nous nous retrouvons tous à Sisteron  pour prendre des forces : la nuit sera longue. 
La fameuse DS : une vénérable dame de 1973 qui aime les conduites sportives


Une nuit tranquille
170 km séparent Sisteron de Cadenet, c'est notre étape de la nuit, très roulante. Les villages se succèdent. Nous glissons, souvent en silence, vers le sud. Le peloton est compact, les relais comme chez les pro, et les éclairages puissants. Etape joyeuse à Tavernes où nous faisons ripaille au centre du village endormi : la soupe est servie par Bernard, le ravitaillement est généreux. 

A l'arrière de la DS, le top des cuisines équipées...

Dans la brume de la nuit

Un vrai trois étoiles !

Une matinée difficile
Le confort relatif de la nuit aplanit les difficultés : on ne voit ni les bosses, ni le compteur, on roule en pilotage automatique. Ce contraste rend les choses d'autant plus cruelles au petit matin : l'irrépressible envie de dormir, le froid plus intense au petit jour, le ciel gris et..... le terrible dénivelé qui nous attend. Voilà de quoi se lever du pied gauche !
Devant nous, plein nord : le Luberon se découpe. Sophie et moi sommes les régionales de l'étape : nous savons qu'il faut passer au-dessus, mais à quoi bon le faire remarquer à nos compagnons ? Ils vont le découvrir bien assez tôt...
Mais le Col du Pointu (alt.499m) n'offre pas de vraie résistance tant la promesse d'un grand café à Apt me motive. Nous déboulons sur la place animée en pleine installation du marché : ailleurs la vie continue !

On est tombés sur un os 
Aucun d'entre nous n'a d'idée de ce à quoi ressemble le prochain col : Col de la Liguière (alt. 998m), 10 km d'ascension. Il a tout pour déplaire, hormis le fait qu'il constitue mon 440ème nouveau col : à l'œil on n'en devine jamais le sommet, le revêtement est rugueux, la pente dépasse parfois les 12 % et le vent est fort et très froid. Notre groupe se disloque, les organismes peinent. Ceux qui étaient déjà en difficulté avant de commencer vont chercher des ressources très loin au fond d'eux-même. Pour la première fois, nous sommes en retard sur notre plan de marche.

Encore une fois dans le Ventoux
La descente sur Sault est glaciale. Sur le visage des nombreux cyclistes qui se croisent dans le village, je ne vois pas un sourire. Pour notre part, il n'y a pas de quoi se réjouir non plus puisqu'il faut maintenant aller jusqu'au Chalet Reynard (alt. 1419m). Je ne suis pas montée dans le Ventoux par cette route depuis quelques années (la dernière fois, c'était avec Laure :-) même si c'est la  montée la plus facile, ça fait peur compte tenu du froid et de ce que le ciel menace de nous faire tomber sur la tête... Mais les kilomètres défilent et je prends de plus en plus de plaisir dans cette montée. Les endorphines font leur boulot et la musique m'aide à garder un le rythme : je connais les bons morceaux de métal et de techno qui donnent la pêche ! Arrivée au Chalet Reynard, nous sommes trois et Sophie a  fait des prouesses, quelle grimpeuse ! 
Sophie en tête au Chalet Reynard

Retrouvailles joyeuses de l'équipe maintenant au complet autour d'un verre au Chalet Reynard, on a même droit aux chocolats de Pâques ! Descente à fond sur Bédoin, la route est presque déserte. Encore un petit col devant nous, La Madeleine (alt. 448m), simple formalité, et retour à Entrechaux, dans la joie. Merci à tous de m'avoir accueillie dans votre groupe, en toute simplicité, c'était super !


Tout paraît plus facile quand c'est fini, mais je n'oublie pas que j'ai serré les dents plus d'une fois pour ne pas être le boulet que je redoutais d'être dans ce groupe. Quand on roule souvent seul, ce qui est mon cas, c'est difficile d'évaluer son niveau. J'avais redouté cette confrontation, sans raison. Voilà qui me donne confiance pour les épreuves à venir : la prochaine est le Raid Provence Extrême le 22 mai (9500 D+ en près de 600 km, temps limite 34 h) avec pour objectif de faire mieux que l'an dernier (33h30).

Commentaires

  1. Eh bien, quelle récompense, de lire cela! C’est la première chose que je viens de faire en rentrant (après la douche!). Merci Anne, pour ta compagnie, ta gentillesse, ta bonne humeur, ton ouverture d’esprit et ton hospitalité. Sans ses équipiers, un capitaine n’est rien. Toutes mes félicitations pour cette Reynarde, qui, sans nul doute, fera du bruit dans Landerneau, et mention spéciale pour ton 440ème col. C’est bien parti pour le RPE ! Amitiés. Sophie.

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  2. Quelle virée ! J'imagine la difficulté dans le col de la Liguière... Je connais bien ce col pour y venir régulièrement, justement parce qu'il est dur. Alors après une nuit sur le vélo et dans le froid, je dis chapeau à toute l'équipe.
    Je serai très probablement sur le RPE cette année, mais pas en vélo. Alors à très bientôt !

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  3. grâce à cricri j'arrive ici, quelle belle équipe vous avez fait fumer la DS
    Sophie en cap de route ya pas mieux
    le Ventoux il faut que j'y revienne, cette Bicinglette je l'ai dans les jambes, hélas en 2009 les soucis multiples ajoutés à l'orage et ma mauvaise vue m'ont fait être très sage et renoncer à mon 5è sommet, alors qu'il n'était qu'à peine 19h30 j'avais encore jusqu'à 4h du mat
    une flêche Velocio ça doit être sympa, mais là je reprends à peine le vélo
    BRAVO

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  4. Nous nous sommes rencontrer cette après midi sur la route d'Espinasses à Tallard ( dédé du C.C.Gap ) J'ai transmis ton bonjour à Jean Jacques Treguer qui ma donner ton blog que je viens de découvrir, quelle performance cette flèche un grand coup de chapeau à vous!!! pour le CCGap deux équipes étaient présentes avec 450 km environ au compteur,pour ma part plus modeste!!! j'ai fait hier le parcours de 87 km très venteux mais avec le soleil voila encore bravo à toi ( avec encore aujourd'hui 200 km ) et tes partenaires !!! Nous te verrons peut'être à notre brevet de 200 à Gap le 24 Avril à bientot sur le vélo

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  5. Salut Dédé ! le retour a été long aujourd'hui : 70 km de vent de face... Merci de ton message et bravo au CC Gap pour leur flèche, vu les conditions météo cela n'a pas du être facile non plus. A bientôt. Anne

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  6. Salut Anne ... Christine notre animatrice exploratrice du net à mis un lien sur le Forum CCK ... super de retrouver ce joyeux récit et de découvrir le principe de cette Fléche Vélocio ... C'est un plan qui me plait bien, à cogiter pour les années à venir !!!
    Bonne route sur le RPE. Au plaisir de te croiser au détour d'un virage !!!
    Poucet

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