Moisson de 2000


Mon père m'a enseigné la chasse aux cols. Depuis que je fais du vélo, je les collectionne : les petits et les grands, ceux qui ne ressemblent à rien, les monuments ... Bref tout ce qui se grimpe, qui est référencé Michelin, qui se trouve sur ma route ou qui mérite le détour. En cours de route, parfois une surprise, un joli panneau bleu inattendu : il faut ramener l'information pour alimenter mon tableau. Selon ce qu'on a sur soi, on note : papier + stylo, c'est le plus adapté ; téléphone portable, ça marche aussi ; mais une fois, nos poches étaient vides et c'est Mark qui a gravé sur son bidon avec une pierre le nom du col et l'altitude...
Le principe de la chasse au col est simple (voir Club des Cent Cols) : tout col gravi la première fois compte pour 1, quelle que soit la route par laquelle on y accède. On peut aussi compter les cols non goudronnés auxquels on arrive en VTT, et les cols passés en descente. Un col est en général situé sur une ligne de partage des eaux, entre deux vallées. Il ne s'agit pas d'une montée (voir extraits ci-dessous).
J'ai une nette préférence pour ceux qui sont dans les alpages et au-dessus : c'est à dire les 2000.
Avant-hier, je me suis offert pour ma fête mon 50ème 2000 ! C'est une vraie injustice pour les cols qui sont au-dessus des forêts mais en dessous des 2000 m : je pense à Larche (cf. infra), mais aussi à La Madeleine et autres Cormet de Roselend... Mais il y a une règle du jeu, et je la respecte.
Il existe des massifs où on peut faire une véritable moisson de 2000, en n'effectuant qu'une ou deux véritables ascensions. C'est le cas des Dolomites et des Alpes piémontaises.

Dimanche 26 juillet (jour de la Sainte-Anne !!!)
La veille au soir nous dormons à La Condamine (Ubaye) dans notre véhicule. Tout est prêt, les bidons, le ravito, le petit paquetage arrière qui nous permet d'emporter une tenue "civile" et des chaussures.

ça pèse une tonne !

Départ 6h30, direction col de Larche. La première voiture qui nous dépasse est celle de la gendarmerie... En effet, il faut savoir que ce col est interdit aux cyclistes. Il s'agit d'un arrêté préfectoral pris pour cause de zone d'éboulement non sécurisée. Les képis bleus nous ignorent, heureusement pour nous. La montée de Larche est très belle et la route large et plane : c'est un col qui ne ferme pas en hiver et qui permet le transit des camions vers Cuneo. Au sommet (1991), il fait frisquet, en descente, je regrette de n'avoir pas de gants.

Le lac au sommet du col de Larche

A Demonte, il y a foule et il faut faire la queue à la boulangerie. Jour de Sainte Anne, c'est le jour de pélerinage au monastère du même nom sur la route du col de la Lombarde. Vite nous quittons l'effervescence d'avant messe pour nous réfugier dans la montée du Colle dei Morti (2480), aussi appelé Fauniera. Longue montée (24,7 km pour 1700 m de D+) au cours de laquelle nous observons les dégâts de plusieurs avalanches de l'hiver dernier : les arbres fauchés sur des centaines de mètres, nous verrons aussi plus loin d'énormes avalanches de pierres.

Juste avant l'arrivée, bonne surprise : le Colle de Valcavera (2416). Il y a un peu plus loin deux autres cols et nous pouvons apercevoir le premier, mais il faudra revenir en VTT car c'est une piste qui permet d'y accéder. En descente, le Colle d'Esischie (2370). La route est dans un état terrible en descente, et il y a du monde dans la Vallone di Marmora : les habitants de Cuneo sont de sortie... Fin d'après-midi paresseuse à l'auberge. Excellent repas en 4 services, comme savent le faire les Italiens, nous sommes à bloc de glucides.

Lundi 27 juillet
Sur les vélos à 7 heures, après un petit déjeuner copieux (dont tarte aux myrtilles !!!), nous attaquons à froid la montée du Colle de Sampeyre. Il y a 2 routes pour monter depuis la Vallone di Marmora, nous prenons la première qui se présente, celle du Vallone d'Elva. C'est magnifique : cette route ressemble à celle des Grands Goulets. Il n'y a personne, sauf une biche observée longuement au loin et sans doute des centaines d'autres qui restent cachées. Montée très raide, nous sommes à + 10 % en permanence, en danseuse sans répit.

A la sortie de la forêt, un embranchement et les deux routes se rejoignent. Nous apercevons pour la première fois le Mont Viso (3841m, sommet des Alpes italiennes), Viso le bien nommé (son nom signifie "visible"), il se laissera contourner toute la journée. Nous sommes maintenant au dessus des nuages. Au sommet (2284m), c'est magique, quelle pureté !

Le Mont Viso, omniprésent

Descente hyper dangereuse : comment les Italiens peuvent-ils organiser une cyclosportive (La Fausto Coppi) sur ces routes ? Ils vivent dangereusement, c'est sûr. Il faut s'arrêter en descente pour relâcher les muscles des mains et des bras tellement ça fait mal. Je prie pour que mon vélo reste entier... et on arrive en bas, ouf ! Court répit dans la vallée et on continue dans le dur : à Casteldelfino, direction Francia par le Colle Agnello.
C'est le col le plus difficile qui soit, rien n'est comparable par son versant italien : 1400 m de dénivelée, passages à 15 %. C'est tellement raide... mais tellement beau ! Beaucoup de cyclistes en descente, on est au plus chaud de la journée. On est ici aux pieds du Mont Viso. Ca y est Mark m'attend au sommet, ouah, l'ivresse des cimes ! Que bello !! Mais le temps change en 5mn, froid et nuages côté italien, il ne faut pas traîner ici. La descente est un régal : merci le Tour de France (2008).

Enigme : il existe sur ce blog une autre photo avec la même situation...

Dernier virage avant le sommet, oui le petit point noir, c'est moi...

Traversée rapide du Queyras et de ses villages enchantés, entrée dans la fournaise de la vallée du Guil, vent de face très fort, heureusement je suis à l'abri :-)
La montée du col de Vars est toujours pénible de ce côté : circulation intense, chaleur terrible, nous suons terriblement ... quand ça ne va pas, il n'y a rien à dire donc no comment !

Plusieurs records seront battus au cours de cette sortie de deux jours :
- la moyenne la plus basse en 2 heures de selle : 8,1 km/h (Colle dei Morti)
- le dénivelé le plus important en 125 km : 4300 +
Quelques chiffres : 253 km pour 6900 m de D+, ce n'est qu'un DFU...


Extraits de la règle du jeu du Club des Cent Cols :

Article 1
Par bicyclette on entend tout engin mû par la seule force musculaire, le plus souvent il s’agit d’un deux-roues, les tricycles sont admis.
L’usage de moyens de (re)montée mécanique est exclu.

Il est admis de compter un col franchi en descente.

Les cols muletiers sont admis au même titre que les cols routiers.

Les cols d’approche difficile peuvent être franchis partiellement à pied, avec poussage (voire portage) du vélo.

Cent cols différents : un même col n’est comptabilisé qu’une fois, même s’il a été franchi à de multiples reprises, et par des versants différents.

Aucune altitude minimale n’est imposée.

Les cols peuvent être franchis dans tous pays au monde.

Le tableau d’honneur de la revue annuelle récapitule pour chaque adhérent le nombre total de cols cumulés et le nombre de "+ 2000 m"

Article 2

En français, le terme de "col" contient de manière implicite un caractère topographique. En raison de la multitude de configurations de terrains rencontrées, la définition minimale du caractère topographique d’un col retenue par le Club est la suivante : point de passage privilégié, imposé par le relief, situé sur une ligne de partage des eaux, et autre qu’un sommet.

De nombreux intitulés sont utilisés en lieu et place du mot col : collet, pas, port, baisse, selle, brèche, hourquette, etc.…Le catalogue des Cols de France répertorie la liste des intitulés pouvant être utilisés pour désigner un col. De même les catalogues de cols par pays ou par région établissent une liste des intitulés apparaissant dans la toponymie locale pour désigner un col.

Un intitulé ne désigne pas systématiquement un col : par ex un "collet" en France, un "colle" en Italie, un "alto" en Espagne, une "Höhe" en Allemagne/Autriche, un "Egg" ou "Eck(e)" en Suisse peuvent désigner un sommet ou une crête au lieu d’un col. De même un "pas" ou un "pass" germanique ou britannique peuvent désigner une gorge ou un passage particulier d’une rivière. Dans ces cas là, ils ne sont pas repris dans les catalogues, pour insuffisance de caractère topographique. (voir exemple bien connu du Pas de la Case à la frontière andorrane)

"Col portant ce nom" : un col doit être nommé sur une source de références par un intitulé générique tel qu’évoqué ci-dessus, associé à un nom spécifique. Exemple : Col du Tourmalet, Col de la Croix de Fer, Puerto de la Bonaigua, Passo dello Stelvio, Sustenpass, etc.

Il peut arriver qu’un col soit nommé par son seul intitulé. Exemple : Le Collet (FR- 04-0738) ou Le Col (FR-26-0410)

En revanche un lieu nommé sans intitulé évoquant la notion de col ne sera pas retenu, quand bien même il correspondrait au critère topographique. Exemple : "La Baraque" ou "La Chapelle"

La nomination d’un col doit être consacrée par l’usage et mentionnée sur des sources de références jugées fiables par le Club. Parmi les sources de références fiables, citons :

- les cartes routières ou topographiques émanant soit d’organismes officiels, soit d’éditeurs privés dont la compétence est reconnue.
- les bases de données toponymiques associées à une cartographie numérique émanant des mêmes organismes évoqués ci-dessus.
- les cadastres et cartes anciennes, dont l’échelle et le graphisme permettent de situer les cols sans ambiguïté sur le terrain.
- les panneaux sommitaux ou directionnels, les plans ou tableaux informatifs posés soit par des organismes officiels, soit par des clubs montagnards compétents.
- les guides édités par des clubs montagnards réputés pour leur sérieux et leur connaissance du terrain : clubs alpins français, italien, club vosgien, etc.

La nomination des cols de tradition orale, ou par mention sur des guides touristiques est considérée comme un premier indice, qui doit inciter à des recherches complémentaires en vue de confirmer cet usage sur une des sources évoquées ci-dessus.

Ne sont pas reconnus comme source de référence suffisante les parcours et les prospectus de randonnées et/ou de compétitions cyclistes. Les mentions "Col du Mont Ventoux" ou "Col de l’Alpe d’Huez" vues sur de tels documents ne font pas pour autant de ce sommet, ni de cette station d’altitude des cols au sens de notre Règle du Jeu.
* * *

Finlande : d'Helsinki au Cercle polaire


L'été de l'année 2000 fut consacré à un voyage en Finlande. C'est la 3ème fois que je m'y rends mais c'est une première pour moi en vélo. L'équipement et la répartition des rôles sur le tandem est toujours la même, la tente en moins : je suis au pilotage, mon compagnon à l'arrière, poids total +/-180 kg.


Samedi 29 juillet
Départ de Roissy à 10h00 : le départ de l'avion est retardé à cause ... de nous. De l'intérieur de l'avion, nous observons le chargement des bagages dans la soute du Fokker 100. Le tandem, immense dans ses cartons, est chargé en dernier mais manifestement, il ne rentre pas... (d'où l'intérêt d'avoir l'accord de la compagnie aérienne pour le transport aux dimensions réelles du vélo !). Déchargement total des bagages et le tandem est cette fois-ci placé en premier dans la soute.
A l'aéroport d'Helsinki, récupération du vélo, remontage (guidon, pédales, roues) et déjà une crevaison : la valve cède lors du gonflage ! Pour quitter l'aéroport, des pistes cyclables partout : on en attendait pas moins d'un pays nordique. 50 km pour rejoindre la petite ville aux maisons colorées de Porvoo, la densité de population est faible, cela se sent aussi sur les routes. Ravillaillement et premier saumon fumé. 56km, av 18,4, D+ 320

Dimanche 20 juillet
Départ de Porvoo à 9h00, route vallonée, qui a dit que la Finlande était plate ? Premier contact avec la piste à Liljendal : la terre est compactée, tassée, recouverte de sable. C'est assez roulant mais attention aux nids de poule. La conduite nécessite une très grande attention, le freinage est à doser avec précaution. Direction Anjala, 20 km de ligne droite : éprouvant. Nouveau passage en piste à Enajarvi. Rencontre furtive avec un drôle d'animal : un lièvre aussi gros qu'un chien ! Camping de rêve : un chalet avec sauna au bord du lac et première rencontre avec les moustiques... 142 km, av 19,5, D+ 956

Lundi 31 juillet
Départ 9h00 après un breakfast au saumon fumé. Route secondaire jusqu'à Lappeeranta, ville longue et bruyante. Notre carte routière nous a induit en erreur : il n'y a là aucun bateau pour traverser le lac Saima. Après une longue errance dans la zone urbaine, nous optons pour la seule solution qui reste : prendre la (très) grande route vers Imatra, nous y restons 38 km, c'est comme une autoroute. Quelques gouttes de pluie. Arrêt à l'auberge. 144 km, av 20,8, D+ 1000

Mardi 1er août
Départ 7h00 dans la brume en direction de Lohilahti, 40 km sans voir personne... Le paysage est enfin typiquement finlandais : une route qui serpente au milieu des lacs et de la forêt. Nous prenons le bac, petite embarcation jaune et noir qui nous emmène à Sulkawa. Nuit au camping de Savonnlina. 125 km, av 19,5, D+ 950
(En 2003, sur la route du Cap Nord (en voiture), je suis retournée à Savonnlina, c'est une magnifique ville où se tient chaque année un festival international d'opéra dans le chateau, la scène est en plein air : somptueux !).

Mercredi 2 août
Départ à 8h00, la route qui nous emmène à Enonkoski est superbe, toujours lacs et forêt. Nous prenons le bac à Hanhivirtha et observons les convois de bois de flottage sur le lac. La route continue en dos d'âne dans la forêt jusqu'à Lipari. Eclatement du pneu arrière, on intervertit avec l'avant, et pneu de secours. Ni la panne ni les averses violentes ne nous ralentissent. 9 km de piste boueuse où nous manquons plusieurs fois de chuter. Le pilotage est tendu. Arrivée enfin à Joensuu, capitale de la Carélie, (nous sommes à l'est de la Finlande et nous dirigeons vers la frontière russe). 149 km, av 19,5, D + 1076

Jeudi 3 août
Achat et changement du pneu avant et nous quittons Joensuu, traversée de la banlieue chic de cette jolie ville, puis quelques kilomètres de grande route où nous sommes arc-boutés face au vent. Nous nous engageons sur une piste qui fut tracée au XVIème siècle, cette régiont fut le siège des guerres russo-suédoises. De très beaux lacs ponctuent le décor. Les côtes sont très raides sur ce parcours. Le vent a chassé la pluie mais il fait frais.Vue magnifique sur le soleil couchant depuis le camping. 115 km, Av 19,2, D+704

Vendredi 4 août
Nous profitons de passer devant la dernière gare de chemin de fer avant le nord pour acheter nos billets de train de retour. Furtif contact avec les touristes qui ne nous font pas regretter notre cheminement solitaire. A 9h30, nous prenons la route de Kulmo : c'est tout droit pendant 109 km... Mais dès le 20 km de ce grand axe, le revêtement disparait, la piste ingrate le remplace. Nous nous enlisons dans un gravier trop épais, chaque véhicule croisé, en particulier les camions de bois, nous envoient un nuage blanchatre, du sable dans la bouche... Le tandem, soumis aux pires trépidations, tient bon et nous aussi. Le revêtement s'améliore un peu, et la piste redevient dure. Heureusement qu'il ne pleut pas car nous n'aurions pas pu passer. Nous retrouvons le macadam au gré d'un changement de canton, sans doute plus fortuné, et l'allure redevient normale. Magnifique chalet-sauna dans un camping, c'est le rêve ! 119 km, av 17.9, D+ 1036

Samedi 5 août
Nous quittons Kuhmo à 8h30. Route entre lacs et forêt, le long de la frontière russe. La route facile se poursuit et un panneau nous indique que nous quittons le domaine de l'élan (pas vu un seul) pour celui du renne (omniprésent), clic cloc sur la route. Des grillages immenses coupent le pays en deux et empêchent les rennes, semi-domestiques, de quitter le nord. Chouette cottage dans un camping, le soleil radieux ne se décide pas à se coucher, il nous inonde longtemps de ses rayons généreux. 126 km, av 20, D+ 973


Dimanche 6 août
Départ de Suomissalmi à 9h15, un peu de mal à trouver notre route, pourtant il n'y en a qu'une... La piste est très bonne mais la forêt de bouleaux est un peu triste. Toujours des rennes. Traversée du lac avec un petit bac où nous achetons du poisson, sans doute la prise du matin. Puis c'est à nouveau la piste, à travers les gouttes, avec pour seule compagnie des rennes. Arrivée à Hossa, minuscule village désert, mais bon camping. Superbe chalet sauna privé. 103 km, 18,9 av, D+845

Lundi 7 août
Départ tôt de Hossa, route lisse. Déjeuner au restaurant : ragout de renne à la confiture d'airelles. On repart sous la pluie battante, halte à Kuusamo, petites courses, la ville est laide à mourir. C'est d'une tristesse... (avez vous vu les films de Kaurismaki ? c'est pas du cinéma, c'est du réel !). Arrivée à Juuma après 12 km de route en cul de sac, nous sommes dans le pays de l'ours (pas vu un seul). Le chalet dont on rêve nous tend les bras : camping de Jyrava, un chalet à l'hectare, sauna au bois, poele à bois, lac perso où au petit matin nous verrons des oies blanches se poser, bateau perso, des rennes pour seule compagnie... 121 km, Av 19, D + 861

Mardi 8 août
Journée de repos, enfin si l'on peut dire... 56 km AR pour faire des courses.
Mercredi 9 août
Repos toujours, visite des environs, pêche, myrtilles.

Jeudi 10 août
Départ à 4h30, les nuits sont courtes et la lumière est très belle. La piste puis la route sont faciles, le paysage change à mesure que l'on monte vers le nord ; la forêt laisse place à la toundra aux couleurs chaudes. A Hautajarvi, visite de la maison du parc d'Oulanka, mais il n'y a rien en anglais...
Nous passons le cercle polaire entre Hautajarvi et Niemela sans même un signe ou une pancarte. Il fait beau, 12 °. Arrivée à Salla où nous comptons passer la nuit, mais le camping est minable. La ville est sinistre, nous cherchons un hébergement digne de ce nom et tombons sur une pension de famille / maison de repos (difficile à définir en fait) où le temps s'est arrêté et les individus figés, transportant leur ennui. Ici on dîne à 16h00. Les soirées sont longues !
Notre compteur est devenu muet : estimation : 86 km

Vendredi 11 août
Nous quittons Salla sans regret ni pour la ville ni pour l'hôtel des zombis... La route est facile jusqu'à Kemijarvi mais les paysages tristes et monotones. Le charme finlandais semble avoir disparu au-delà du cercle polaire, ici on est dans le grand nord. La Laponie mérite sa réputation de terre inhospitalière.
Retour en train de nuit le soir même pour Helsinki.
Total 1407 km, moyenne 117 km par jour.

Raid Provence Extreme 2009

Depuis 2006, nous y avons participé 3 fois. D'abord en relais Mark et moi en 2006, puis en 2007 solo pour Mark et en relais pour moi avec Isabelle Allione. En 2009, je me sens prête pour le départ en solo et Mark, rétabli, ne s'est pas fait prier longtemps pour s'inscrire aussi. C'était notre première participation sans assistance.

Le Raid Provence Extrême est une épreuve d'ultra-distance organisée par Patrick François (voir le site) qui se déroule sur 585 km pour 9100 de D+ dans les plus beaux panoramas de Provence. Elle est extrême dans le sens où c'est une course pour la catégorie des "ultra" et une randonnée aux délais exigeants (34h) pour la catégorie des "grands randonneurs" (en autonomie). Elle est extrême aussi car elle privilégie les difficultés : 13 cols dont le Mont Ventoux en entrée, les Gorges du Verdon et son Belvédère en plat principal, et les bosses du Lubéron et des Alpilles en dessert.
Limitée à 50 participants, nous étions cette année 7 femmes au départ, un record absolu !

Romina Bosello, Laure Rico et moi, détendues les nanas !

Le départ est donné à 9h30 de Bédoin pour les Randonneurs, les Ultras suivront une heure et demie plus tard. On commence par le col de la Madeleine puis le Mont Ventoux par Malaucène. C'est l'occasion de remonter les derniers cyclistes de la course Ventoux-Beaume de Venise qui ont commencé un peu avant nous.
Premier pointage à Aurel (13h10). RAS, Romina et moi roulons ensemble. Long faux-plat usant vers Saint-Michel l'Observatoire, vent de face. On plonge ensuite vers Manosque traversée à toute allure. Montée vers Valensole (16h49). Dans notre 2ème véhicule stationné à ce contrôle nous trouvons l'équipement de nuit et du ravito perso. Aiguines (19h27), c'est le début des difficultés des Gorges du Verdon. Ca se passe assez bien, nous roulons avec Ivano. Un mot sur mes amis italiens, ce sont des pointures tous les deux finisher du 1001 Miglia : Romina est arrivée 1ère féminine l'an dernier sur 10 femmes engagées (c'est un mille miles, voir un article sur ce blog), et Ivano organise (et participe) la SuperRando à Cuneo (le top des randonnées de montagne !). Début de soirée, on s'enfonce tranquillement dans les gorges, coucher du soleil, il fait nuit noire à Trigance. Notre équipement de nuit est au top, léger et performant. On passe sur l'autre rive, et c'est le Bélvédère que je parcours pour la 3ème fois de nuit : il faut absolument que je vienne voir à quoi ça ressemble de jour ! Contrôle de La Palud (1h13) puis Valensole à nouveau (4h07) , pause un peu plus longue dans le véhicule pour manger et souffler un peu. Romina souffre du genou depuis plusieurs heures déjà.
Lever du jour entre Vinon et la Durance, ça roule bien. Longue montée redoutée (mais pas redoutable du tout) vers le Luberon, magnifique début de journée dans les forêts de pins au dessus de Manosque. Ivano toujours dans mon sillage, Romina se pose des questions.
Arrivée à Céreste pour le contrôle (8h26), Romina descend définitivement de son vélo, elle y retrouve Patricia qui est dans un mauvais jour... Départ vers Murs et son col, le ciel se couvre, Ivano s'accroche à moi, et pour cause : il a perdu son press book. Terrible averse dans la descente du col de Murs, ça devient vite très froid, le revêtement est mauvais. Je m'arrête à hauteur de Neria qui abandonnera ici, transie. Ivano a du mal à suivre, je l'attends à chaque intersection depuis 10h du matin. Nous atteignons Gordes, puis Bonnieux. J'ai un coup de barre. Je me couche 10 mn, micro-sommeil profond qui me reconstitue. Il ne pleut plus, et voici La Roque d'Anthéron et sa terrible côte Sainte Anne : 22 %. Je n'hésite pas : je monte à pied. En haut (15h40), je prends congé d'Ivano, il faut maintenant foncer pour arriver dans les délais à Saint-Rémy. Fournaise des Alpilles, ça roule vite (Mouriès 17h58). Je vole vers l'arrivée. Aux Baux de Provence, panique à bord, je me perds... c'est pas le moment. Mark m'escorte en voiture. Arrivée en trombe à Saint Rémy à 18h58 ! Total : 33h28.

Un grand moment, beaucoup d'émotion ...


Quant à Mark, belle démonstration de force : il se classe 1er des Grands Randonneurs en 26h30, et 10ème au scratch des deux catégories confondues.


Transalp 1997

Ce voyage date un peu, plus de dix ans déjà ! Mais à la relecture de son récit, je me rends compte que cela ne fût pas facile. Heureusement, comme souvent, je n'en ai gardé que les bons souvenirs.
Contexte : Tandem de série "Raleigh", je suis pilote, mon ex-mari est à l'arrière. Nous avons fait modifier le vélo pour que les leviers de vitesse soient placés sur le guidon arrière. Les responsabilités du pilotage sont ainsi mieux partagées. Poids total : 180 kg (nous deux, le vélo 12 kg, 2 sacoches 15 litres, 1 tente, pas de matelas). Mais manifestement, la roue arrière a des problèmes...

29/7/97
Départ de Paris en train de nuit pour Bâle. Le tandem est dans le fourgon.

30/7/97
Bâle - Immensee, 90 km
Enfin les premiers tours de roue en Suisse. A Schwytz, petit bourg sympa au pied des montagnes, les difficultés commencent. Col de Pragel (Pragelpass 1515m), ascension très difficile sur 13 km, 2h45 de montée, arrêts compris. La descente s'amorce, nous cassons un rayon côté roue libre, la totale... nous nous traînons jusqu'à Glarus. Réparation immédiate, mécano cool. Arrivée à Weesen, beau site au bord du lac.

1/8/97
Weesen-Chur-Lenzerheide, 86 kms
Départ sous la pluie, vallée très roulante et même ennuyeuse. A 12 km de Chur, nous cassons un rayon, toujours du même côté. Déçus mais toujours motivés, nous continuons avec l'ascension du Lenzeheidepass, 1549 m, 13 km de montée en 2h30 et 3 arrêts.

2/8/97
Lenzerheide-Filisur, 52 km
Il pleut. La route s'élève rapidement, traversons les gorges d'Abula, magnifiques. Le train nous suit partout. Superbe village de montagne, c'est Bergün. Catastrophe ! Le porte bagage rend l'âme. Restons zen. Dépannage de fortune avec du câble de frein. Nous repartons bien décidés à gravir notre premier 2000 ! La pluie s'arrête mais elle est remplacée par une brume épaisse. La route est dure, belle et fantomatique. Ca y est nous approchons, nous y sommes : Albulapass (2312m), 28 km de montée en 3h10 et 5 arrêts. Enfin une descente. Enfin presque. Un rayon casse, c'est quotidien. Toujours zen même dans le froid. De toutes façon c'est l'arnaque cette descente : 9 km. Arrivée à La Punt Chammes. On trouve un mécano, il nous répare à 18h00 mais il faut changer la roue, elle est en 8. Nuit de réconfort dans une pension étrange, le patron est pasteur militant...

3/8/97
La Punt - Samedan - Validendro, 72 km
Le soleil pointe son nez, le ciel devient plus clément, nous roulons vers Pontresina. Vallée de la Bernina la route s'élève à travers les sapins, on a tout le temps d'admirer le Mont Pers (3207m), plusieurs cyclos nous dépassent... la pente est très régulière. Voici le Bernina Pass (2328 m). Descente très courte et on attaque le col de Livigno. Pente raide sous un soleil éclatant, les mélèzes ont remplacés les sapins. Les Italiens roulent comme des fous, prudence ! Enfin la frontière italienne et le poste de douane, col de Livigno (2315 m). Un belle descente de 14 km s'annonce. Pas du tout : une crevaison nous ramène à la raison, roue arrière évidemment. On repart sous un soleil piquant dans une circulation dense, ascension du passo d'Eira (2209 m), un peu difficile malgré la pente régulière, c'est le 3ème col de la journée... Nous passons et continuons vers le col di Foscagno (2291 m). Et l'incroyable se produit : à 1 km du sommet, crevaison roue arrière, c'est la guigne. Réparation et descente prudente.

4/8/97
Validendro - Bormio, 70 km
Le ciel est bleu, vue magnifique sur le massif enneigé du Plator. Nous laissons les bagages à la gare des autobus de Bormio et commençons l'ascension du Stelvio, durement dès le début, dans la chaleur. Nous traversons plusieurs galeries de pierres et de ciment, les premiers lacets arrivent, tout va bien, c'est comme un escalier. Mais brusquement la pente se cabre, et le moral est moins bon. Arrêts obligatoires pour souffler (6 en tout). Enfin arrivée au sommet (2757m) en 3h55, D+ 1532. Descente prudente sans incident : on rêve. Nuit à San Antonio.

5/8/97
San Catherina Valfurva - Route du col de Tonale - 38 km
On a du mal à se mettre en jambes et ça monte déjà ! 5 kms après, crevaison... c'est le lot quotidien, on repart. Les muscles s'échauffent, le rythme est meilleur. San Catherina est derrière nous et l'ascension du Gavia commence. Route magnifique, les mélèzes, puis les alpages et les sommets enneigés. Cette montée est tout de même dure avec deux murs à couper le souffle. La pente s'atténue, petit lac et nous y sommes, Passo di Gavia (2621 m). Nous amorçons la descente, attention route étroite et revêtement très dégradé. Paysages sublimes, un lac où se reflète le pic di Pietra Rossa. Hélàs nous devons mettre pied à terre : strada deformata sur 7 km. Enfin du goudront à nouveau et on termine à fond sur Ponte di Legno. La marche sous le soleil nous a tués. Mais on ne se décourage pas et on commence l'ascension du Passo di Tonale, c'est difficile, on souffre. Une auberge, stop, repos bien mérité.

6/8/97
Passo di Tonale - Ora, 105 kms
Ciel voilé. Départ vers le Passo di Tonale, ascension hésitante car sans échauffement, enfin le sommet (1830m). Descente rapide vers le Trento, 36 km dans une vallée verdoyante, ça dérouille les jambes. Livo, Fondo, ascension du Passo di Mendola. Nous serpentons dans les vergers. La transition est très nette : nous sommes dans le Sudtyrol, on y parle allemand. La route s'élève lentement, c'est long. Enfin le sommet (1363m), rien d'extraordinaire, ça devient touristique, aïe ! Descente sublime dans la plaine de l'Adige et Bolzano blotti au pied des Dolomites. Nous voici dans le vignoble, il fait lourd, l'orage n'est pas loin, deux bosses difficiles et nous voici à Ora. Ce soir camping.

7/8/97
Ora - Nova Levante, 44 km
Ciel couvert. Après une nuit très difficile (orage, sol dur comme de la pierre, membres endoloris, réveil matin des voisins) nous voici prêts pour une nouvelle ascension vers San Pietro. Départ à froid 22 km de montée en partie dans la brume et la circulation. Les organismes sont fatigués, le moral en prend un coup. San Pietro (1389 m), rien d'exceptionnel. Magnifique descente dans les sapins vers Nova Ponente, hélàs l'orage gronde et la pluie violente vient tout gâcher. Un peu de repos à l'abri et nous continuons. La route s'élève encore vers le col de Costalunga. La pluie redouble d'intensité. Stop à Nova Levante (1182 m) chez l'habitant.

8/8/97
Nova Levante - Bolzano - Sarantino, 56 kms
Descente des gorges d'Ega. Nous prenons à droite une petite route qui monte séchement vers Collalbo à travers un vignoble en terrasse. Ensuite, toujours en montant vers Vnga à travers les sapins. Certains virages nous permettent d'admirer les Dolomites, menhir de granit, sublime. Nous atteignons le point culminant à 1336 m à Oberweiser. C'est déjà l'Autriche, de toute façons tout le monde parle l'allemand. Descente dans la vallée de Sarentino, la route s'élève encore et encore. Nous sommes fatigués. Stop dans une superbe pension avec sauna.

9/8/97
Sarantino - Col de Pennes, 75 km
Beau fixe. La route en dos d'âne nous conduit à Pennes, dernier village avant l'ascension. Celle-ci, régulière, nous dépose à 2215 m où nous admirons les sommets enneigés de la frontière autrichienne. Descente prudente car la route est une strada deformata. Enfin nous arrivons à Casateia et c'est la deuxième difficulté de la journée. 15 km de montée régulière vers le Passo di Giovo à travers une magnifique forêt de sapins. C'est long et parfois pénible, sans doute la fatigue (15 cols en 10 jours). Le voici, c'est fait, la vue est extraordinaire (2099 m). Descente facile sur une route comme un billard.

10/8/97
Walten - San Leonardo im Pass, 78 kms
Descente facile et l'ascension du Passo del Rombo commence sèchement il fait déjà chaud. Notre vitesse, façon de parler, 5 à 6 km/h, nous permet de profiter du site. Superbe vallée, très encaissée, treuils pour le bois, et le lait. C'est la saison de l'alpage. Plusieurs tunnels, plusieurs épingles et voici la dernière, un tunnel de 555m, puis un de 900 m... la frontière naturelle avec l'Autriche, Passo del Rombo (2509 m). Descente vers l'Autriche, enfin presque car 3 kms après on a droit à une bosse infernale et ça fait mal. Route à péage, gratuit pour les vélos. Sölden, puis Huben.

11/8/97
Huben - See, 76 kms
Beau fixe. Départ dans la fraicheur matinale vers Langenfeld. Là, nous allons au magasin cycle changer les patins de frein. Atelier superbe, mécano dévoué, hélas catastrophe, il ne pense pas à ce qu'il fait, il propose de changer aussi le cable de frein arrière, le sectionne pour en mettre un nouveau, mais problème, les cables de frein sont beaucoup plus longs sur un tandem... il n'en a pas. Galère, moral à zéro, il finit par trouver la solution mais la matinée est gâchée, ça a pris 3 heures.
Enfin descente rapide et tiède sur Imst. Arrêt repas et de nouveau en selle vers l'infernal Hahntennjoch. Là ça coince, fatigue, 32 °. Descente vers la vallée, et toc ! crevaison. Réparation mais la roue arrière est voilée.

12/8/97
See - Landeck- Berneck
A Landeck, on fait changer la roue (c'est la 2ème). On aborde la région de l'Apenzell (Suisse). La roue s'élève rapidement, les bosses sont difficiles, c'est extrêmement valloné, très "casse patte". Comme depuis 2 jours rien ne se passe sans casse, voici que la roue libre rend l'âme à son tour. La réparation ne peut se faire que demain, les mécanos sont débordés. Rien ne va plus. Retour en train vers Bâle. Fin du voyage.







Ténérife, paradis des grimpeurs

Des sept îles Canaries, Ténérife est celle qui a la forme d'un canard, avec un volcan au centre : le Pic Teide à 3718 m. C'est le point culminant de l'Espagne, dans l'océan Atlantique, à l'ouest du Maroc.
Mark et moi nous y avons ensoleillé notre hiver fin décembre 2006 pendant 2 semaines.
C'est un terrain d'entraînement idéal pour les cyclistes bien affûtés, mais pour nous qui commencions notre saison après la coupure, ce fut un peu relevé ! Seulement 600 km parcourus en 9 étapes, mais 17000 m de D+. Pour les chasseurs de cols, c'est bingo : on peut monter des cols à + de 2000 mètres en décembre !

El Retamar : 2230 m
Boca Tauce : 2055 m
Puerto de la Canadas : 2295 m
Montana Mostaza : 2200 m
El Portillo : 2030 m
Puerto de Erjos : 1117 m
El Diablillo : 1680 m
Chipeque : 1800 m
Puerto Izana : 2390 m
C'est là que le film "Apes" (La planète des singes) a été tourné

De manière générale, comme dans toute l'Espagne, le réseau routier est d'excellente qualité. Les routes larges, le revêtement lisse, presque toujours des bandes qui permettent de rouler à l'abri des voitures, d'ailleurs assez rares en cette période de l'année, sauf dans les zones urbaines. Les paysages sont magnifiques, avec des montagnes extrêmement découpées et pointues, qui rendent chaque ascension difficile.
La plus difficile montée que j'ai faite (mais qui est comparable à celle de Tre Cime di Lavaredo dans les Dolomites) est celle de Masca dans l'ouest de l'île, 4 km à 20 % : c'est passé mais il a fallu rester hyper concentrée, avec 30 x 27, vitesse au compteur : 5 km/h.

Voici Masca !

Il faut dire aussi que la deuxième semaine, nous avions un hébergement, certes magnifique, mais qui se situait à 830 m d'altitude, avec un accès obligatoire par la mer... les pentes était si terribles (nous avons calculé 22 %) que je ne pouvais pas descendre en vélo (et encore moins monter). Donc taxi, marche à pied, système D...

Ténérife c'est aussi le paradis pour nager : il y a des piscines naturelles d'eau de mer dont la température est agréable même en décembre...
C'est Mark !
part de "L'Alpe d'Huez" locale, entre Icod et Garachico

Etape du Tour 2009 : the big one

Côté organisation :
Chaque année, pendant l'un des jours de repos du Tour de France, la société ASO permet aux cyclistes amateurs de se tester sur une étape du tour lors de la plus grande cyclosportive de France.
Le lundi 20 juillet 2009, le parcours de l'avant-dernière étape du tour du 25 juillet était proposé : départ Montélimar 7h00, arrivée sommet du Ventoux avant 12h30 pour les meilleurs et... un peu plus tard pour les autres. 9500 inscrits, 7396 classés.
Parcours sur routes entièrement privatisées : Montélimar, Nyons, Col d'Ey, Buis les Baronnies, Col de Fontaube, Montbrun, Aurel, Sault, Col des Abeilles, Mormoiron, Bédoin, Sommet du Ventoux.
Au top l'organisation mise en place : le centre de Montélimar transformé en gare de triage, les immenses zones de ravitaillement ; des signaleurs et personnels au Village Accueil de Montélimar, à l'arrivée au sommet et au Village arrivée au Mont Serein très professionnels et aimables ; inoubliable aussi l'accueil le long des routes : toutes sortes de gens qui nous regardent passer, nous applaudissent, nous encouragent, se font des commentaires (parfois vaches !), nous aident à remplir nos bidons (oui oui, il arrive qu'ils se chargent de tout !), vous tiennent votre vélo pendant que vous tentez d'approcher du ravitaillement : c'est un public pro ! incroyable le nombre de nationalités sur les vélos : Brésil, Nouvelle Zélande, Hong Kong, Colombie, toute l'Europe et bien sûr Grande Bretagne et USA en grand nombre. Autant la Marmotte est flamande, autant l'EDT est anglophone.
Enfin, il faut remarquer que pour 60 €, outre qu'il roule sur des routes privatisées, le cycliste reçoit en cadeau un très beau sac à dos, 2 bidons, 1 tee shirt, une médaille, un diplôme, un repas gratuit le dimanche soir + un sac repas à l'arrivée, plus les ravitaillements. Il n'y a rien à dire, on en a pour son argent !
Voilà pour le contexte.

Côté sportif :
Mark, en forme : parti avec un dossard + 7000, il n'a pu profiter d'aucune roue pour remonter et parvient à se classer 747ème au scratch en 6:42, une semaine après avoir monté le Ventoux 9 fois en 24h par Bédoin (voir article sur les VMS 2009)
Anne : en forme aussi jusqu'au pied du Ventoux, après ce fut moins brillant : scratch 4686, total 8h43, 69ème sur 160 dans ma catégorie. Je n'aime pas le Ventoux et il me le rend bien !

Côté souvenirs :
Encore une galère qui finit bien avec notre voiture tombée à nouveau en panne (voir VMS 2009) dimanche à l'aller. Heureusement Mark la récupère réparée lundi à Vaison la Romaine, ce qui nous permet de rentrer à Montélimar en voiture...appréciable !
Patrick François toujours affable au stand de la FFC avec ses beaux maillots de l'EcoCyclo !
Je crois que j'ai bien fait mon job de patrouilleur EcoCyclo, non pas que j'en avais vraiment l'intention au départ (pas facile de jouer au flic) mais un type a subitement vidé ses poches devant moi dans un peloton sur une ligne droite, la totale et pas discret en plus.... Je ne pouvais pas faire autrement que d'aller à sa hauteur et lui dire que la prochaine fois qu'il a des papiers à jeter, il n'a qu'à me les donner... Il l'a mal pris, bien sûr, mais ça lui a donné un coup d'adrénaline et il est parti comme une flèche !
Un peu plus tard, je me rends à l'immense ravitaillement à Buis les Baronnies et je me dirige vers une brèche quand j'entends un type au micro :
- "Et voici une dame en vert qui vient vers moi. D'où venez-vous madame ?"
- Euh... mais c'est de moi qu'il parle ! Il est où ? Ah oui, juste là ... Plutôt que de lui raconter des trucs gnan gnan, je lui ai déversé mon couplet sur l'EcoCyclo, plutôt utile !
Supers moments avec André quand on s'est retrouvés pour manger et en rentrant : beaucoup de choses à se raconter !

Tour de Corse

En avril 2004, j'ai participé au Tour de Corse FFCT : 950 km en 8 jours, 41 cols.
Parcours premier choix et cols à foison : du plus bas (San Bernardino, 75m) au plus haut (Vergio, 1477 m), en passant par le Col de Bavella (1218 m), les plus beaux sites de Corse en quelques tours de pédale. A refaire absolument !

Voici le parcours découpé en étapes. Si je le refais, je ne change rien car c'est un itinéraire pensé pour les cyclo... touristes !

-Ajaccio - Propriano par la D302
-Propriano - Sartène - Bonifacio (ici une balade en bateau s'impose)
-Bonifacio - Porto-Vecchio par la N198 (ce n'est pas le plus beau coin de Corse)
-Porto Vecchio - Parc de l'Ospédale par la D368 - Zonza - Col de Bavella (1218)
-Zonza - Aullène - Zicavo : la Corse profonde
-Zicavo - Ghisoni - Corte
-Corte - Ponte Leccia
-Ponte Leccia - Piedicroce par la D71
-Piedicroce - Foleli (nuit dans la station balnéaire de San Pellegrino : un must)
-Foleli - La Canonica par la N198 et D 10
-La Canonica - Bastia par la route côtière
-Bastia - Luri ou Bastia - Rogliano : on fait le tour du "doigt" :il y a 2 routes transversales possibles
-Retour par Nonza sur Saint-Florent
-Saint-Florent - Belgodère par le désert des Agriates
-Belgodère - Calvi par la D71
-Calvi - Galeria - Girolata par la côte
-Girolata - Porto : d'ici, un aller retour s'impose vers Evisa et le Col de Vergio (1477) le plus haut de l'île
-Piana - Cargèse - Sagone -Ajaccio
A Ajaccio, en attendant le bateau, quelques kilomètres de plus en aller-retour pour aller admirer les Iles Sanguinaires : ça vaut le détour, comme dit Michelin !

Transalp 2007

De la Slovénie à la Méditerranée

La formule relais (voir article Transalp 2006) est idéale pour couvrir de la distance et rouler léger.
En août 2007, nous avons choisi de traverser tout l'arc alpin depuis sa naissance jusqu'à la Méditerranée : Slovénie - Menton.



Col de Vrsic - Alpes Juliennes - Slovénie

Quelques chiffres :
Mark 1902 km, D+ 38400, 18 étapes
Anne 1550 km, D+ 33000, 17 étapes

Les plus beaux cols :
Les slovènes : Vrsic et Predec, partiellement pavés (Alpes Juliennes)
Les autrichiens : la série du Grossglockner, Hochtor et Fuscher Tor (Sud Tyrol)
Les italiens : Tre Cime di Lavaredo dans le parc national des Dolomites, la série des cols Grodner, Sella, Pordoï, Compolongo, Valparola, Falzarego (Dolomites), le Gavia, le Stelvio
Les suisses : Ofenpass, Furkapass
Le français : Isoard
Le piémontais : Finestre


Devant le glacier du Grossglockner


Le glacier du Grossglockner, Sud Tyrol, Autriche

Humide Furkapass, Suisse

Traversée de la Suisse en apnée !

Mark dans le Stelvio (tout petit en bas)

Bled : le paysage de plus célèbre de Slovénie

Colle della Finestre


Transalp 2006

Transalp 2006
Le relais : une bonne formule pour aller plus loin

Associer performance et endurance et effectuer une longue distance en roulant " léger " : pas simple quand on veut faire de l'itinérant. Voici le résumé de notre relais 'Transalp 1' en août 2006 pour deux cyclistes et une voiture.

La règle est simple : le cycliste 1 (C1) part le premier, le cycliste 2(C2) conduit la voiture jusqu’à la fin de l’étape du C1 et part en vélo. Le C1 prend la voiture et la conduit jusqu’à la fin de l’étape du C2 et reprend son vélo. Le C2 prend la voiture, et ainsi de suite. En général 2 étapes chacun suffisent pour remplir la journée, soit entre 4 et 6 h de vélo chacun par jour. La voiture ne suit pas le cycliste, elle prend tous les raccourcis possible (donc les grands axes) ce qui permet au conducteur de faire la logistique (ravitaillement, monter la tente, etc.) et de se reposer entre deux étapes.

Nous avons réussi en 11 jours à couvrir la distance de 2100 km pour 51000 m de dénivelée avec 53 cols (dont 15 ascensions à plus de 2000), avec passages en Suisse et en Italie. Nous sommes allés de Laragne (05) à Vence (le plus au sud) à Morzine (le plus au nord) et Cuneo (le plus à l’est) et avons grimpé parmi les plus beaux cols (dans le désordre) : 2 x la Bonnette, 2 x l’Izoard, la Croix de Fer, les Aravis, les Saisies, le Galibier, Agnel, la Madeleine, le Grand et le Petit St Bernard, Cayolle, Vars, Col des Champs, Col de La Finestre, l’Iseran, etc.

Notre parcours a été défini par la recherche de cols, en évitant le plus possible le plat (et le monde !).

Nous nous sommes imposé des règles :
- départ en vélo de la maison et retour idem ;
- étapes en stricte alternance C1 et C2 ;
- intégralité du parcours en vélo ;
- le parcours peut évoluer en fonction de la météo (nous avons eu deux interruptions pour cause de pluie sur le Col de Montcenis et une matinée perdue à Morzine) mais aussi en fonction des campings (et hop un col de plus à 19h pour cause d’absence de camping à St Michel de Maurienne !) ;
- respect précis des points de stationnement de la voiture (carte Michelin 200000ème et téléphone mobile obligatoires !).

Les avantages sont nombreux :
- le niveau des cyclistes peut être très différent ;
- on peut le faire à deux, mais aussi à trois ou quatre pour ne pas rouler seul ;
- c’est la vraie aventure qu’apporte le cyclotourisme car on ne sait pas où on va dormir le soir ;
- on peut adapter le parcours à la météo (on a passé tous les grands cols dans des conditions magnifiques) ;
- et avoir une voiture pour porter les bagages et la popote, c’est drôlement pratique !
D’ailleurs, le grand luxe des vacances et d’une formule " hors course ", c’est de pouvoir boire un bon verre de vin tous les soirs !

aout 2006

Montée du Chabre 2007 : la photo improbable

Montée du Chabre 2007 : pour fêter la "mise en goudron" de cette route d'accès au site d'envol du Chabre (entre Laragne et Ribiers), le Conseil Général des Hautes Alpes organise pour la première fois cette montée de 12 km chronométrée avec en guest stars : Jeannie Longo et Edwige Pitel. Parmi les célébrités locales, on compte également Serge Garnier et Jean-Noël Sarlin parmi les participants.
Arrivée 3ème sur 3 féminines, j'ai évidemment droit au podium mais je ne parlerai pas de ma performance : no comment !


 Auguste Truphème, Pdt du CG05 à ma droite, Edwige Pitel et Jeannie Longo à ma gauche

SuperRando 2008

Avec Sophie Matter, au départ de l'épreuve à Cunéo.

La SuperRando est une épreuve de longue distance non chronométrée au départ de Cuneo à accomplir en moins de 44h, elle comprend 10200 m de D+ et 509 km (parcours 2008, modifié pour cause d'éboulements suite aux pluies). Elle est organisée parallèlement à la cyclosportive Fausto Coppi par Ivano Vinai.
Une centaine d'inscrits rassemblés sur la magnifique place centrale de Cunéo ce vendredi 28 juin 2008 à 21h, quelques femmes dont Sophie Matter. Le départ escorté est silencieux jusqu'au début du col de la Lombarde. Rouler de nuit est une expérience absolument magique qui ne se partage pas. Si l'équipement est bon (lumière, froid), tout semble plus facile la nuit : surtout le dénivelé que le regard n'appréhende pas...

je vole
J'ai donc volé par dessus la Lombarde (un peu plus de 2200), dévalé jusqu'à Isola, remis mes ailes jusqu'à la Bonette (Restefond en fait), admiré l'aube naissante sur le sommet (5h du mat pile), dévalé à nouveau jusqu'à Jausiers. Là, j'ai déplié ma couverture de survie dans un chemin creux (vraiment creux, en fait impossible de trouver pire) et j'ai dormi 30 mn.

Départ vers Vars que j'ai trouvé difficile alors que d'habitude il passe mieux, montée pénible dans la vallée du Guil : déjà la grosse chaleur à 10h. Dans Isoard, Brunissard a eu du mal à passer et dans les premiers lacets qui ont suivi, j'ai commencé à être saisie d'un doute : comment vais je réussir à passer le reste ? Petit résumé du "reste" : Col de Montgenèvre (+2000), Sestrière (+2000), deux ''bricoles'' italiennes dont j'oublie le nom, Sampeyre (+2200), et encore une vacherie ensuite....

ça coince !
Une fois le doute installé dans l'esprit, tout y passe : la chaleur (je dirais 35 °), le poids de mon beau Scott lesté de sacoches, double guidon, 3 lampes, des kilos de piles et de bouffe ... Je me suis donc arrêtée plusieurs fois, allongée dans l'herbe au calme, beaucoup réfléchi, pesé le pour et le contre, appelé mon mari Mark qui était aussi dans l'aventure quelques heures devant moi pour lui demander son avis, et j'ai fait demi tour, à 5km du sommet !

Là tout allait beaucoup mieux : objectif Cunéo par Agnel. Un coup de fil à ma copine Claudie pour vérifier qu'Agnel passe en vélo (il est toujours fermé aux voitures coté italien) et j'ai mis le cap sur Molines. Là j'ai dégoté assez facilement un taxi, un type super sympa qui m'a embarquée avec mon vélo et m'a montée au sommet. Je n'avais plus que 80 km à faire pour retrouver notre voiture à Cunéo, ce fut chose faite vers 18 heures.
J'ai alors rejoint Mark à Sampeyre dans la soirée, on a dormi dans la voiture et il est reparti pour finir son parcours en 37h avec un arrêt de 9h.

Bilan
Trop dur pour moi, Mark estime que cette épreuve a été plus dure que le RPE 2007. Enseignements : il faut savoir s'arrêter avant les dégâts et je redoute plus les dégâts mentaux qui laissent des traces que les dégâts physiques qui se réparent. Je reste donc sur une super bonne impression : j'ai fait mes 300 bornes et + de 5800 de dnv, j'ai adoré rouler la nuit, les Italiens sont adorables, je me suis bien débrouillée pour me rapatrier, et j'étais à l'arrivée pour accueillir certains de mes compagnons de route. Chapeau à eux !

Voyage au Japon


Août 2001
Lors de la préparation de mon voyage au Japon en août 2001, où la circulation des tandems est interdite, j'ai été obligée de me mettre au vélo. Cliquer ici pour lire l'extrait de mon article publié dans la revue mensuelle de la FFCT (prix "Charles Antonin du meilleur récit de voyage").

Voici d'autres extraits non publiés :

28 juillet 2001-19 août 2001
Ile de Honshu : Osaka - Nara - Kyoto - Kobe - ferry boat jusqu'à Beppu
Ile de Kyushu : Beppu - Shimabara - Unzen - Nagasaki - Takeshiho - Mie Machi
Ile de Shikoku : Iketa Cho - Omogo -Ikeda - Kochi
total : 1270 km

Au moment de réserver notre billet d'avion pour ce voyage en tandem au Japon, je choisis Osaka plutôt que Tokyo pour éviter au maximum la traversée de zones urbaines. C'est une nécessité quand on sait que les 123 millions de Japonais sont entassés sur 20 % de leur territoire, tant les montagnes occupent une vaste proportion. La conséquence directe en est que les villes sont réellement tentaculaires.
Dès février, alors que je me documente sur l'état des routes et de la circulation, j'apprends via le site internet de la FFCT locale que la circulation des tandems est strictement interdite sur le réseau routier japonais. Heureusement, il reste quelques mois avant le départ, le temps de s'acheter un vélo et de commencer l'entrainement.
Atterrissage à Osaka le 28 juillet 2001 après une nuit (blanche) de voyage. Dès l'aérogare d'arrivée, une fois nos vélos récupérés, alors que nous installons nos sacoches, deux équipes de policiers nous interpellent successivement pour nous informer qu'il ne sera pas possible de quitter l'aéroport en vélo : l'autoroute leur est interdite, il n'y a pas de piste cyclable. Direction les taxis et nous prenons place à bord d'un taxi-jumbo avec nos vélos. Dialogue de sourd avec le chauffeur : nous ne souhaitons pas aller au centre ville, mais à la sortie d'autoroute qui donne accès à la route nationale que j'ai repérée sur l'atlas routier bilingue au 250 000ème qui ne nous quittera pas de tout le voyage. Les problèmes de communication ne font que commencer... il nous débarque au milieu d'un noeud autoroutier impressionnant, heureusement, les automobilistes semblent patients et courtois.
Mais tout d'abord, quelques impressions. Dès le premier contact avec le sol japonais, un vrai choc pour mes oreilles : le chant des cigales semble sortir d'énormes amplis, c'est assourdissant, et les cigales, quand on peut les apercevoir, sont énormes, de la taille d'une petite souris. Autre premier contact ineffable : la chaleur. C'est comme au hammam, sauf que l'air est plus transparent : 40 à 42 ° quotidiennement, taux d'humidité 70 %.
Premier objectif de voyage : Yoshino. J'avais repéré sur la carte ce village d'altitude à moins de 100 km d'Osaka qui ferait une très bonne première halte raffraichissante.
Nous avons quitté cette interminable banlieue (2,5 millions d'habitants) dont l'urbanisation désordonnée offre un tableau disparate : succession d'immeubles de grande hauteur, de petites constructions de bric et de broc, de rizières, de terrains vagues : les villes sont constituées d'étonnants contrastes.
A l'approche des collines, le paysage s'éclaircit laissant place aux cultures de thé vert et aux rizières. Elles dégagent une drôle d'odeur saumâtre quand le feu du soleil fait croupir l'eau. A cette époque de l'année, la deuxième pousse est à encore un mois de la maturité, et les longues feuilles forment un écrin vert profond qui s'étend loin à l'horizon. Mais parmis toutes les cultures traversées, celles de thé vert sont les plus agréables à l'oeil : longs buissons taillés qui s'enroulent sur les coteaux jusqu'à perte de vue.
L'autre réalité qui allait nous accompagner tout au long de ce voyage fut la cohabitation avec les voitures qui, au Japon, roulent à gauche. Des files interminables de véhicules au look futuriste qui semblent glisser sur des tapis roulants. Ici les distances se calculent en heures et pas en kilomètres. Le dépassement est interdit partout et la conduite est toujours calme, même au ralenti.
Notre itinéraire, improvisé sur le terrain, nous fit traverser trois des quatre principales îles du Japon : Honshu l'urbaine, Kyushu la volcanique et Shikoku la rurale.
A Honshu se trouvent les principaux centres d'intérêt culturels : Kyoto, ses villas impérales et ses jardins somptueux, Nara, l'ancienne capitale culturelle du Japon et ses temples, le Musée Miho et tant d'autres trésors.
La richesse des villes doit beaucoup aux générations d'Empereurs qui se sont succédés et ont rivalisé pour laisser le plus beau derrière eux. Aux côtés des parcs impériaux entourant des résidences somptueuses figurent les splendides maisons de thé. Ce sont de sobres pavillons de bois ouverts sur l'extérieur où on imagine que la vie devait être belle pour le peuple bien né. En revanche, il reste peu du passé du peuple laborieux de ce pays qui en tant fait subir aux autres. Reste dans cette jolie vitrine superficielle un art décoratif délicat qui se transmet avec une réelle aptitude à dompter le végétal. Le moindre arbre dans un parc, un jardin ou le long d'une rue en ville est taillé, on lui enlève ses excroissances, ses branches mortes, ses feuillages superflus et jaunis, on dompte son écorce, on ceint son tronc abîmé d'un bandage aux onguents mystérieux et , éventuellement, on place une béquille sous un rameau affaibli. Le même soin est apporté aux plantations florales, aux étangs parsemés de lotus, aux jardins "zens" revêtus de petits cailloux blancs et aux jardins de mousses.
...
(installation à l'hôtel, suite)
Après le corps, on soigne l'estomac et c'est toujours un grand moment au Japon. Première épreuve : caser ses jambes en tailleur sous la table basse, avec un coussin filiforme sous les fesses. Inutile de préciser qu'après une journée de vélo, ce n'est pas la position préférée... Pour moi qui ne suit pas vraiment souple, c'est une gageure de rester ainsi toute la durée du repas, mais on peut aussi choisir la position "amazone" plus élégante mais encore moins tenable...
Le repas est un enchantement. Il est composé en moyenne d'une dizaine de plats différents, en petite quantité dans une vaisselle aux couleurs et motifs extraordinaires : légumes marinés, poisson fumé, cuit ou cru, viande séchée, froide, en sauce, à griller soi-même sur un brasero ou à cuire dans un bouillon très chaud, petites brochettes, riz, soupe miso avec bouillon aux herbes et carrés de tofu (fromage de soja), omelettes, algues, sushis et mille autres mets mystérieux. Le tout à la baguette ... A retenir aussi : le petit déjeuner ressemble beaucoup au dîner, et les plats sucrés sont rares. Seules les bouchées à base de pâte de haricot rouge peuvent être classées parmi les desserts ou sucreries.
Pour illustrer les bizarreries de la table, voici mon plus beau fou rire : petit déjeuner dans un hôtel de la presqu'île de Shimabara (Kyushu). Parmi les mets disposés sur la table, un oeuf. Réflexe occidental : le tapoter sur l'arête de la table pour l'écaler. Mince, c'est un oeuf cru dont le contenu se répand sur mes genoux....
J'ai dégusté des mets savoureux en sachant rarement de quoi ils étaient composés : marinades de légumes et de racines, prunes salées à la saumûre, friture de minuscules alevins, flans et beignets de toutes sortes appelés tempura. Les restaurants de poisson offrent la possibilité de choisir son menu dans un aquarium. C'est ainsi qu'à Osaka, attablée à un bar face aux cuisiniers, on me servit un poisson cru qui, tranché à l'arête, bougeait encore dans mon assiette.
...
(A Honshu)
L'arrivée à Kyoto est vraiment difficile à travers 50 km de zone urbaine, sur des routes à 5 voies, souvent très pentues, hyper encombrées, 40 ° plein soleil, pas un arbre. Mon compagnon et moi nous suivons de très près, le pire serait de se perdre de vue, nous n'avons qu'un téléphone mobile. Ce trajet, ainsi que celui de Kyoto à Kobé (100 km de zone urbaine en 8 heures) furent nos pires moments. Mais il faut sougliner l'esprit de civilité, de courtoisie, de tolérance des Japonais : jamais un klaxon, jamais un dépassement dangereux (d'ailleurs les lignes pointillés n'existent pas sur les routes), ni un signe d'agacement pourtant nous en avons doublé et gêné du monde sur ces routes étroites et encombrées ! Plusieurs fois, des automobilistes nous ont passé des boissons fraiches, un gâteau ou un paquet de chewing gum avec un regard de compassion...
...
(A Kyushu)
Les paysages sont somptueux : enfilade de collines pointues et boisées, panaroma côtier digne de notre Côte d'Azur. Le Japon est un pays de contrates et c'est à la campagne qu'on en prend plein les yeux. Des couleurs à couper le souffle : le ciel azur provençal, la forêt où toutes les nuances de vert s'expriment, et la mer, plus bleu foncé que turquoise, forment un camaieu inégalé, d'une intensité profonde.
L'esthétique aide à rester zen. Et du calme il en faut quand il est impossible de trouver sa route dans le dédale des panneaux en kanji, quand on tourne en rond dans une ville dont on ne trouve pas l'issue (ou toujours la mauvaise). Sur le dessus de ma sacoche guidon, je trace en gros les kanji qu'il nous faut repérer dans la journée pour trouver notre route.
De manière générale, le réseau routier est en parfait état. Il est rare que la chaussée soit dégradée et toutes les routes en zone urbaines sont bordées de larges trottoirs sur lesquels on peut parfois rouler. Les routes de campagne sont idéales pour le vélo car très peu fréquentées : les Japonais se déplacent beaucoup en ville mais, ayant peu de temps libre, ils ne vont pas beaucoup à la campagne. Ni le milieu rural ni la mer ne sont des centres touristiques au Japon, il n'y pas d'infrastructure touristique et le bain de mer n'est pas à la mode ( d'ailleurs on fait tout pour ne pas bronzer... c'est ainsi qu'on voit des dames aux ombrelles et gants longs partout ! ). Conséquence à la campagne, c'est calme et désert. Les Japonais vont tous aux mêmes endroits : parcs à thème et villes culturelles où les monuments sont pris d'assaut. Les temples et châteaux, entourés de jardins très soignés sont magnifiques, bien que très restaurés. En effet, les tremblements de terre, typhons et autres incendies font que les constructions ne sont pas faites pour durer au pays des traditions millénaires.
La campagne, c'est le désert à tout point de vue : pas de café, pas d'hôtel, peu de restaurants, peu de villages. Mais heureusement on ne peut pas mourir de soif dans ce pays et, vu la chaleur, c'est très important : il y a partout dans le pays des distributeurs automatiques de boissons, froides et chaudes. Plus nombreux que les cabines téléphoniques, que les magasins, parfois en colonne de cinq ou six appareils, souvent au milieu de nulle part, au détour d'un virage, dans le plus petit des hameaux et bien entendu toujours en état de marche et plein à la gueule : c'est le bonheur du cyclo ! Une petite pause à l'ombre de ces gros frigos, quelques piécettes et un choix pléthorique de café ou thé au lait glacés, boissons chimiques fluo, cocas et autres bizarreries que j'ai testées sans crainte.
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Le mont Aso
Après avoir traversé la région des volcans et grimpé le mont Aso à 1280m. De là, un téléphérique emmène les fainéants (j'en fu, mais mon compagnon préféra la route à 20 % sur 2 km) pour aller au magnifique cratère, lac bleu cobalt, fumant, bouillonnant qui nous envoie ses volutes souffrées. Descente rapide ensuite sur Kumamoto tout en admirant la plus grande caldera du monde, 12 km de circonférence.

Extrait du carnet de route :
Jeudi 9 août - distance 61 km, Av 17km/h, D+ : 943, 28 °, pluie.
Départ du site d'Unzen à 8h45 et descente dans la brume et la pluie fine vers Obama (oui oui, OBAMA), petite station thermale située dans une magnifique baie, où l'on cultive des perles. Nous sommes dans la préfecture de Nagasaki.
Nous nous dirigeons vers Nagasaki et empruntons une petite route côtière. Hélàs le ciel est menaçant, le plafond très bas et l'orage éclate. Une pluie violente nous oblige à nous réfugier dans un abribus, debout sur le banc tandis que les vélos et sacoches restent mal protégés. Durée de l'épisode : 45 mn. Nous reprenons notre route mais les averses se succèdent et achèvent de nous tremper. Je crève deux fois de suite.
Arrivée Nagasaki, ville désordonnée et peu accueillante où nous avons l'opportunité de faire connaissance avec un Japonais francophile patissier, marié à une Française, Bérénice.
En fin de journée de ce 9 août, 56ème anniversaire du bombardement atomique, nous nous rendons sur le site du mémorial de la paix où se trouve un musée consacré à ce terrible événement de la seconde guerre mondiale.
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Dimanche 12 août - 92 km, average 16.5, D+ 1600, 34 ° max
Beau temps. Détour par des gorges où nous avons les pires difficultés à trouver notre route, plus d'une heure d'errance. Enfin nous trouvons la vallée d'Hinokage Rive, magnifique petite rivière enserrée entre deux montagnes couvertes de pins. Quelques hameaux et rizières plus loin, nous commençons l'ascension du Sugikago Pass qui culmine à 830 m. Nous traversons un immense tunnel sans aucune lumière et sans circulation non plus... et retrouvons la Mitate Valley. Descente prudente et nous rejoignons la grande route pour aller à Mie Machi après avoir traversé 7 tunnels dont celui du Mikuni Pass. Installation au très confortable et accueillant minshuku de Mie Machi. Agréable dîner très copieux.
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Mercredi 15 août - 154 km, average 18, D+ 1310, 37 ° max
Départ d'Omogo à 5h30, ciel dégagé. Nous empruntons la route payante (encore fermée à cette heure matinale, il faut porter les vélos au dessus d'une barrière) d'Ishiguzi Skyline qui s'élève sur 18 km et offre d'admirables points de vue sur la vallée d'Omogo. Les panneaux indiquent que la priorité est aux singes et aux sangliers. Nous restons vigilants. Hélàs nous n'en rencontrons aucun, mais les cris bizarres entendus confirment que nous ne sommes pas seuls. Nous atteignons le sommet à 1450 m où nous jouissons d'une vue admirable sur tous ces sommets recouverts d'une épaisse végétation de pins, de bambous et d'érables. La descente s'amorce à travers le parc du Ishushuzi San. Mon compagnon chute et heurte une voiture, heureusement sans gravité, son compteur est HS. Magnifique descente très dangereuse, la route est défoncée et étroite, toute en épingles. 2ème chute pour Yves, quelques éraflures.
Nous reprenons notre route le long de la rivière Yoshino (encore un Yoshino !), qui devient vite un lac artificiel. Paysages peu agréables en cette saison de sécheresse, les niveaux sont bas. Un orage éclate quand nous abordons les gorges, nous gâchant un peu le spectacle. Nous arrivons à Ikeda, éprouvés par cette journée et nous installons pour deux nuits dans un petit minshuku familial. Après le dîner, tous les pensionnaires de l'hôtel, et nous avec, partons ensemble en taxi pour le festival de danse d'Awa Ikeda, en ce jour de fête de O-bon (ferié). Danses populaires au centre ville, spectacle coloré et amusant, marquant le retour des âmes des défunts parmi les vivants, sorte de Toussaint.

Jeudi 16 août - km 55, av 16
Jour de repos. Nous décidons de faire une petite boucle le long de la rivière Awa. Route admirable s'élevant au dessus de la rivière, de forêts de pins puis de bambous, quelques cascades. Nous faisons une halte vers les sources chaudes d'Iya Onsen où nous descendons en funiculaire vertigineux dans des bains publics mixtes : nous sommes comme des petits Alka Selzer dans l'eau, notre peau fait des bulles ! Nous repartons pour une seconde halte balnéaire à l'hôtel Kazura Bashi où nous profitons des installations luxueuses et d'un bain mixte en plein air, dans un paysage alpestre. Un grand moment.
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DFU 2007 : Version longue !


Le Défi des Fondus de l’Ubaye, version longue !

Ce samedi 30 juin est un grand jour attendu avec impatience. Il constitue un objectif majeur pour 2007 : c’est le Défi de l’Ubaye, épreuve longue distance concoctée savamment par Claude Véran. Par chance, le ciel est dégagé, les prévisions excellentes et c’est une condition essentielle pour réaliser ce défi.
3, 5 ou 7 cols au départ de Barcelonnette en une formule non chronométrée, 330 km pour la version intégrale, 6800 m de dénivelée. L’objectif est noble : les fonds collectés vont à la lutte contre la mucoviscidose, terrible maladie qui atrophie progressivement les muscles et gêne la respiration de ceux qui en sont atteints. « Pédaler pour donner du souffle à ceux qui n’en ont pas » telle est la devise. Barcelonnette accueille plusieurs manifestations, sportives ou non, à l’occasion de cette journée d’action pour aider la recherche médicale.

Mark est à mes côtés, Hugues et Laure Rico, avec qui nous nous retrouvons régulièrement sont de la partie, ainsi que plusieurs têtes connues. Comme le dit si bien Hugues, « le cyclisme ultra est un sport solitaire qui se savoure à plusieurs » et nous sommes un certain nombre à nous retrouver ici et là.

Laure, qui fait si souvent l’assistance de son mari sur de longues épreuves, a aujourd’hui les jambes qui fourmillent. Son profil de grimpeuse et son très bon entraînement doivent lui permettre de relever ce défi.

Mark connaît une période faste où les réussites s’enchaînent même si le RPE, qu’il a fini tant bien que mal en solo, lui laisse un goût de revanche. Igor Casimir est également sur la ligne du départ et partage logis et préparations de dernière minute.

Hugues fait durer le suspense sur sa participation jusqu’au matin du départ : la récupération de la RATA (Race Across The Alps) est longue, et il faut se reconstituer. Il nous propose à tous quatre son assistance. Vu la longueur de l’épreuve et les différences de températures, voilà une proposition qui ne se refuse pas !

A 5 heures dans le silence des rues de Barcelonnette, les cyclistes affluent, nous seront environ 60 sur ce départ matinal. D’autres nous rejoindrons pour la grimpée de la Bonnette.

Pointage, café, clic-cloc des cales dans la salle du marché couvert, briefing de Claude qui nous rappelle qu’au premier découragement il faut penser à ceux qui ne peuvent respirer sans aide. Et top nous voilà partis. Le petit jour pointe, s’équiper en lumière n’est pas utile à cette heure-là. Contrairement à l’an dernier où j’étais partie comme une flèche sur les 23 km de plat descendant vers le lac du Serre Ponçon, je reste prudemment à l’arrière. Je me suis promis de ne pas me laisser influencer par des vitesses qui ne sont pas les miennes et de garder toujours un œil sur mon cardio, seul arbitre qui compte !

n°1 : Pontis 1301 m
Atmosphère fraîche dans la vallée de l’Ubaye, je pédale tranquillement et en bonne compagnie avec Anne Santiago puis Jean-Pierre Reynaud jusqu’à la bifurcation vers Savines ; nous passons le pont où l’Ubaye gonfle le Serre-Ponçon, c’est le point le plus bas du parcours ; quelques kilomètres de plat à l’ombre ; puis un tunnel complètement noir heureusement pas très long, et voici la montée de Pontis qui commence sur la droite. Craignant peu le froid, je suis partie avec le minimum et je rattrape un certain nombre de cyclistes qui enlèvent les jambières et autres coupe-vent dans cette montée où l’on chauffe vite, d’autant plus qu’elle est inondée du soleil matinal. C’est une montée rugueuse avec des épingles impressionnantes, sans doute autour de 14 % à certains endroits. C’est là que j’entends pour la première fois de la journée un cycliste siffleur qui se trouve peu derrière. « Comment peut on siffler en montant ? ». Je m’interroge silencieusement et je ne pourrai me retenir de lui poser la question quelques heures plus tard au sommet de la Bonnette alors qu’il pointe en même temps que Laure et moi : « C’est parce que je m’ennuie ! » répond-il.
Au contrôle après 6 km d’ascension, à 1301 mètres d’altitude, un couple très avenant s’enquiert de nos cartes de pointage et les remplit consciencieusement.

Nous sommes plusieurs à nous pencher sur cette petite table de camping pour accomplir les formalités de pointage et je vois bien que les mouches, déjà, ont une préférence pour moi. Plus tard dans la journée, ce seront des nuages, des paquets entiers de mouches sur mes mains, mes bras, mon visage, des piqûres sur les membres. Elles rendent les ascensions difficilement supportables et avec la chaleur, elles se multiplient. J’en avale d’ailleurs plusieurs au cours de la journée…

La descente du Pontis n’est pas en meilleur état que la montée, d’autant plus qu’il faut franchir un troupeau de moutons et être prudents dans les gravillons. Retour sur la route principale et nous repartons vers le pont du Serre-Ponçon, les kilomètres défilent, les groupes se cherchent pour profiter du plat, je reste à l’écart. Hugues est garé sur le bas-côté, il me donne des indications sur ma position par rapport à Laure.

N°2 : Saint-Jean 1333
J’aime bien la montée vers le col Saint-Jean. D’abord parce que je m’y sens chez moi, j’ai habité tout près quelques temps et nous venons souvent par là, Mark et moi. Mais aussi parce que c’est une montée douce et régulière de 12 km avec une élévation d’environ 500 m. Les cyclistes arborant le maillot de la Vallée de l’Ubaye sont dans ma roue, je monte régulièrement et bientôt les premiers descendent. Un groupe de 7 ou 8 cyclistes d’abord, Mark ensuite et quelques autres visages connus. Sur le DFU, c’est un rituel pour ceux qui, comme moi, sont « dans le peloton » : on guette les premiers à descendre, lesquels sont en général pas peu fiers et abordent un large sourire.

Nous pointons au 2è col à 1333 m avant 8 heures. Laure est en haut, elle a retrouvé son compagnon de l’an dernier Mathieu Lunel qui grimpe à bonne allure. Nous nous regroupons pour la descente vers Barcelonnette. D’abord rapide sur l’excellent revêtement puis la vingtaine de kilomètres vent dans le nez, nous sommes 8 dont 3 filles, je reste prudemment à l’arrière et ne prend pas de relais.

A Barcelonnette, pointage devant la Salle du marché, j’ai 30 mn d’avance sur la feuille de route que Mark a calculé pour moi, je m’accorde une pause pour me ravitailler en aliment liquide et lâcher volontairement le groupe dont je ne veux pas subir l’influence alors que nous allons commencer à monter le col d’Allos.

N°3 : Allos 2247
100 km au compteur et je repars tranquillement vers Allos qui culmine à 2247 m en un peu plus de 17 km de montée. Pris séparément, ces cols me font en général l’effet de monuments et je les appréhende toujours. Mais avoir un tel programme dans la journée permet de relativiser et les obstacles semblent moins impressionnants. C’est l’atout de la longue distance. Ne pas penser à ce qui est loin devant, se fixer régulièrement de courtes étapes à franchir.

Je retrouve Laure dans la montée, elle s’envole rapidement avec son acolyte. Hugues est toujours là et propose aide et ravitaillement. Très peu de nuages sur les sommets, une journée pareille, il n’y en a pas eu depuis un moment à la frontière italienne !

Toujours des saluts joyeux quand je croise ceux qui descendent. La courtoisie est l’apanage de cette épreuve. Mais les bougres ont plusieurs raisons de sourire : ils ont terminé leur effort, se payent une belle récompense avec la descente, sont contents de voir qu’il en a qui sont derrière (c’est bon pour l’ego, quoi qu’on en dise), et heureux de saluer et d’encourager les filles !

Le col d’Allos est en corniche dans une partie roulante assez longue et bénéficie d’une belle vue sur la vallée du Bachelard où nous serons tout à l’heure pour monter le col de Cayolle. Les derniers kilomètres sont tortueux, on s’élève doucement, à l’approche du chalet-auberge, même si on ne voit pas le sommet, on sait que le soulagement est proche ! Toujours des échanges aimables avec les contrôleurs et je redescends avec Laure.

A Uvernet, nous nous arrêtons au village où un grand ravitaillement est installé sous tente. Les fontaines sont généreuses, l’ambiance toujours sympathique.

N°4 : Cayolle 2326
Départ vers Cayolle dont j’appréhende toujours les 25 km de montée. La vallée est très belle, les éboulements rocheux sur la droite du Bachelard sont absolument impressionnants. On dirait qu’ils se sont produits hier : des blocs de la taille d’un 38 tonnes sont en équilibre instable, les éboulis ont tout dévasté en dessous, des arbres arrachés la tête en bas sont encore verts. Il faudra que Claude Véran, qui est aussi spécialiste de la faune et de la flore des Alpes du Sud, m’explique de quand datent les derniers chamboulements de cette rive du Bachelard. Le parcours est sinueux en faux plat montant. C’est un endroit absolument magnifique qu’on ne peut apprécier pleinement qu’à vélo : il est impossible de s’y arrêter en voiture et il n’y a pas de place pour les piétons.

J’ai de mauvais souvenirs dans la Cayolle : j’en ai abandonné la montée une fois l’an dernier et j’étais désespérée dès la mi-pente dans le DFU 2006 où j’ai fini tant bien que mal ! Mais cette année, ça va mieux ! Je croise Mark qui descend alors que je commence à peine la montée. Au replat du village du Villard d’Abas, à 1500 m, je ne manque jamais de m’arrêter à la fontaine. Avenante et pédagogue, je renseigne les personnes attablées à la terrasse de l’auberge qui me demandent la nature de l’épreuve (nous avons des plaques sur nos cadres et nous sommes facilement identifiables). Hugues me prévient qu’il part sur la Bonnette rejoindre Mark pour voir s’il a besoin de quelque chose. C’est pas simple d’avoir 4 cyclistes à s’occuper surtout quand il ne sont pas ensembles et il n’a pas fini ! Mais il semble y prendre du plaisir et connaît les mots d’encouragement qui touchent droit au but.

Au sommet de la Cayolle, à 2326 m, je suis super contente. Toujours en avance de plus de 30 mn sur ma feuille de route, je pointe et prend mon temps pour échanger avec les deux bénévoles. Même si on a un œil sur le chrono, donner un peu de son temps à ces personnes qui sacrifient leur journée à nous attendre est la moindre des choses. J’imagine leur frustration quand après une longue attente, un cycliste essouffl et grognon ne leur accorde même pas un regard. Il faut dire aussi que recevoir des compliments et des encouragements fait toujours plaisir. On me propose de poser avec mon vélo et de m’envoyer la photo par e-mail, promesse tenue quelque jours après, excellent souvenir.

Longue descente sur Barcelonnette : autant la descente est un plaisir quand les articulations sont souples, mais au bout d’un moment tout se contracte, la concentration est intense, vivement qu’on soit en bas !

Zéro faute ?
A Barcelonnette, je vois Laure déjà attablée dans la salle du marché. A peine entrée, je perçois une atmosphère étrange, un silence presque religieux, scandé par une voix qui décortique les phrases d’un texte savant… Je suis incrédule : sous mes yeux se déroule une dictée à l’ancienne dans la salle où nous arrivons pour manger. Claude m’apprend qu’il s’agit d’une très sérieuse dictée organisée dans le cadre des manifestations caritatives. Une bonne vingtaine de personnes sont à des tables d’écolier et s’appliquent. C’est surréaliste ! Avant d’aller vers le bar me faire servir à manger, j’enlève mes chaussures dont le clic-cloc serait incongru.

Le repas est rapide, Laure et moi hésitons beaucoup sur ce que nous devons ou ne devons pas manger. L’estomac est sensible à ce stade de l’effort. Nous repartons sans trop tarder après un sandwich et un gâteau de riz.

N° 5 : Bonnette 2802
Voici Jausiers, court arrêt dans notre véhicule parqué à l’angle pour laisser filer devant mes compagnons et j’attaque cette Bonnette que j’ai déjà monté une fois cette année. 25 km pour atteindre 2802 m sur la route de la cime, plus haute route d’Europe. J’appréhende toujours le début qui n’est pas particulièrement beau. J’ai très chaud, il est 17 heures et toujours ces foutues mouches ! Je cherche la motivation et ne la trouve pas pendant les 10 premiers kilomètres. De mauvaises pensées me tournent dans la tête, je broie du noir, je m’arrête deux fois à l’ombre… et après un virage je vois Laure prise de nausées assise sur le fameux pliant, adossée au Berlingo, Hugues aux petits soins. Nous repartons laborieusement, nous roulons longtemps côte à côte. Notre progression n’est pas des plus rapides et Hugues n’est jamais loin, toujours avec des mots de réconfort et des conseils judicieux. La nausée, il en connaît un rayon ! Il nous donne des repères : le verrou rocheux, le lac, autant d’étapes qui nous mènent vers les premiers baraquements militaires. La fin n’est pas loin et cette perspective nous redonne la pêche. Les derniers kilomètres de faux plat se font dans la souplesse, presque avec allégresse. Il n’empêche que cette foutue cime de la Bonnette se mérite, moins d’un kilomètre à 13 %, ça fait mal aux jambes. Le paysage environnant est à couper le souffle, la vue est à 360 ° pendant la montée, le contournement et le sommet. Nous surplombons les massifs entiers, tachetés de soleil sous un ciel perturbé, toujours dramatique à cette altitude. Les contrôleurs au sommet sont bien courageux de passer des heures ici mais ils ont de la compagnie pour le moment.

Là il faut bien s’habiller car il est bientôt 20 heures et la température va chuter. La descente est menée à fond de train, un vrai plaisir de glisse. Pourtant la route est truffée de pièges et de bosses que je commence à bien connaître mais je me sens des ailes. A Jausiers, pause sandwich dans le véhicule et on repart sur la droite vers le col de Vars.

N°6 : Vars 2109
7 km de vallée de l’Ubaye, maintenant bien fraîche et la nuit tombe doucement alors que nous abordons les premiers kilomètres de faux plat montant vers le col. Equipement en lumières, nous sommes parées pour la nuit. L’allure est vive et la nuit devient noire. Je suis toujours plus à l’aise dans la nuit : on ne voit pas les difficultés, les sensations sont différentes. Une voiture approche à l’arrière, s’arrête à hauteur d’Hugues, repart, et nous dépasse en klaxonnant. C’est Claude Véran qui nous prend en photo. Mark (qui a fini le parcours en 14h18) est arrivé avec lui et nous voici tous les quatre dans les lacets de Vars avec Claude en reporter photographe ! Cet instant est magique : deux femmes roulent dans la nuit avec leur mari qui les suit en voiture. Pas banal !

Etonnamment, la montée de Vars se passe très bien, malgré ses pentes à 10 %. La lune est pleine et le ciel voilé nous donne à voir une luminosité extraordinaire. Les reliefs sont baignés dans cette lumière pâle qui semble irréelle. « Vaut le voyage » comme dit Michelin. Nous arrivons bientôt au sommet (2110 m). Lionel Marin est là, transi malgré son très bon équipement. Il descend avec nous jusqu’à ce que sa femme Pascale, qui a déjà fini les 7 (pour la seconde année consécutive), le rejoigne en voiture. Ce couple de triathlètes est vraiment sympathique et Pascale est impressionnante !

N°7 : Sainte-Anne ?
La descente est grandiose dans le noir, les phares de la voiture nous éclairent suffisamment pour que notre vitesse soit normale. Nous filons rapidement jusqu’à La Condamine-Châtelard. Dans le village à droite, il faut prendre le petit raidillon vers la station de Sainte-Anne. C’est ce que j’appelle une petite M… Je l’avais reconnue l’an dernier sous le cagnard, malheureusement la nuit n’en atténue pas la difficulté. Les premiers kilomètres en épingle sont très difficiles. Je suis debout sur mes pédales, je plafonne à 6 km/h. C’est ce que Laure appelle « un coup de moins bien ». Galère. Début du village, on se croit arrivées mais je vois les phares de la voiture de Pascale Marin tout là-haut, encore au moins 2 kilomètres.

L’euphorie n’est pas encore là mais je commence à penser à la fin, chose que je m’étais interdite jusqu’à présent. Derniers raidillons, je me retourne et j’interpelle Laure : « Alors, Grand Maître, ça va ?». Le contrôleur est seul assis derrière sa petite table de camping, studieux avec sa lampe frontale et ses listes de candidats.

C’est fini ! J’ai du mal à y croire. Je suis un peu sonnée mais je ressens la joie de Mark et sa fierté, on ressent souvent mieux les choses à travers l’expression des gens qu’on aime. Hugues est aussi très heureux et fier de Laure.

Dernière descente prudente. Nous encourageons tous ceux que nous croisons et c’est vraiment sincère ! Claude a repris son véhicule pour éclairer le dernier cycliste dans la montée, il a mis la musique à fond. Le retour vers Barcelonnette est mené à vitesse TGV. Arrivée triomphale à Barcelonnette, non pas que la foule nous acclame mais c’est vraiment un moment fort. Igor Casimir est là, il a bouclé les 7 il y a quelques heures déjà. Il est 1h30 du matin. Ca fait un peu moins de 20 heures qu’on roule et je n’ai jamais rien fait d’aussi difficile en vélo ! Ce qui fait avancer ? C’est la fierté d’être là et d’être capable de le faire, mais aussi la beauté des paysages, la gentillesse de tous ces gens qu’on rencontre, cyclistes ou organisateurs, et aussi la pensée qu’il y a des gens qui n’ont pas ma chance. Donc nous tous, on roule un peu pour eux au DFU !
Alors Claude, l’an prochain, il paraît qu’on en fera 10 ?
Anne